Vers l’atomisation des entrepôts au plus proche du client

31 mai 2020
J’accompagne, forme et conseille différents acteurs de l’écosystème (retailers, e-commerçants, grossistes, fabricants, marques) pour les aider à tirer leur épingle du jeu dans un environnement complexe et concurrentiel.
J’aide les décideurs B2B/B2C à faire de bons choix en matière de technologies, de prestataires, d’acquisition puis les accompagne à long terme dans le déploiement des stratégies ecommerce & retail sur leur site web, en marketplaces, en point de vente et sur tous les canaux existants.
Julien Fontaine

entrepreneur e-commerce & consultant freelance au service de la transformation digitale de votre business.

Face à la croissance des expéditions transfrontalières, à la refonte des traités internationaux sur le transport et douaniers, sous la pression de livrer le client toujours plus vite, l’écosystème de la logistique devra s’organiser différemment et toujours plus près du consommateur et en respect des réglementations douanières.

Les changement réglementaires annoncés au 1er janvier 2021, les exigences du consommateur et le besoin des vendeurs d’acquérir des avantages concurrentiels vont redessiner les flux physiques de produits à l’intérieur de l’UE mais aussi vers l’extérieur.


la promesse de la commodité


Alors que le numérique a entraîné une baisse du courrier postal, il a surtout provoqué une croissance explosive du transport de colis. Face à l’adoption rapide des ventes en ligne et les attentes toujours plus exigeantes du consommateur, les organisations postales et les transporteurs doivent s’adapter pour suivre le rythme de l’évolution de la demande.

Les plus jeunes veulent que leurs commandes soient livrées rapidement pour une gratification quasi instantanée. Des produits tels que la nourriture et les produits de luxe (appareils mobiles et autres appareils électroniques) sont généralement vendus pour livraison le jour même. Du côté du des transporteurs, Amazon, Uber, Deliveroo et d’autres travaillent dur pour fournir une livraison J+0.

Sous la pression de la promesse de la commodité d’Amazon et des vendeurs qui doivent rivaliser, les logisticiens devront être capables d’élever le niveau de leurs prestations aux attentes des consommateurs, d’améliorer l’expérience de livraison tout en pivotant vers de nouveaux modèles commerciaux qui réduisent les coûts en leur permettent un retour sur investissements suffisant.

Les entrepôts logistiques tiers (3PL) viennent au secours des marques et des expéditeurs en les aidant à équilibrer géographiquement leur inventaire et à livrer leurs produits rapidement et à moindre coût.

La livraison différée (avec un délai de livraison typique de un à trois jours) est, et continuera d’être, le segment de livraison le plus important. Cependant, la livraison le jour même et la livraison instantanée sont les segments qui connaissent la croissance la plus rapide avec une croissance annuelle de 36% et 17%. Aux États-Unis, ils devraient atteindre une part globale du commerce de détail en ligne d’environ 15% d’ici 2025. Bien que cette croissance se produise principalement dans les grandes villes, elle perturbe les modèles de chaîne d’approvisionnement des entreprises de livraison traditionnelles et soutient l’émergence de modèles commerciaux du dernier kilomètre tels que comme Uber Freight et DoorDash. (World Economic Forum).

Aujourd’hui, la livraison gratuite est plus importante pour les consommateurs que la livraison rapide. Mais au fur et à mesure que les coûts de transport s’égalisent (UPU), les marchands devront positionner leurs inventaires vers des entrepôts qui peuvent expédier le plus rapidement.


LA RÉDUCTION DU DÉLAI DE LIVRAISON


Le combat mené par Amazon pour avoir la livraison la plus rapide est déjà en cours. L’augmentation de la concurrence entre les détaillants dans le même espace a provoqué la genèse de la promesse de livraison le jour même. Ces ventes représentent un segment massif des consommateurs qui sont prêts à payer un supplément pour des livraisons plus rapides. De nombreuses entreprises de vente en ligne se démènent pour fournir des livraisons en un ou deux jours. La meilleure façon de le faire sera de placer le stock dans des centres de traitement des commandes situés au plus proche des villes et pas seulement des métropoles.

En 2019, Amazon est devenu le quatrième service de livraison des États-Unis. L’entreprise gère un réseau de près de 500 installations logistiques aux États-Unis, couvrant 53 millions de mètres carrés, et 1.100 autres dans le monde, couvrant 80 millions de mètres carrés (MWPVL).

Cela lui permet de proposer la livraison en un jour comme la nouvelle norme pour tous les clients Prime. Jeff Bezos a déclaré en janvier 2020 qu’Amazon comptait plus de 150 millions de membres Prime dans le monde, et le CIRP estime qu’il y a maintenant 118 millions de membres Prime aux États-Unis seulement.

Actuellement, Amazon livre déjà à 72% de tous les clients dans les 24 heures. 42 % des membres de Prime ont déclaré que les commandes d’Amazon sont arrivées plus rapidement qu’annoncé, contre seulement 19 % des clients d’Amazon qui ne sont pas membres de Prime.

Au niveau international, Amazon a traité 48% de ses propres livraisons soit 1,2 milliard des 2,5 milliards de colis qu’elle a expédiés en dehors des États-Unis en 2019.

L’augmentation de la capacité de livraison sous 24h d’Amazon amènera bientôt les consommateurs à voir toute option de livraison plus longue sembler trop lente. Depuis le début de l’année, le géant de Seattle a même ouvert des mini-centres de distribution dans certaines villes américaines encore plus près des clients. Les clients de Philadelphie, Phoenix, Orlando et Dallas peuvent désormais commander parmi des milliers d’articles et les recevoir en moins de 5 heures. (ChargedRetail)

La Chine est un marché à croissance rapide dans lequel la livraison le même jour ou instantanée représentent déjà plus de 10% des livraisons globales de colis. Cela représente environ 3 millions d’articles quotidiens le jour même avec environ 400.000 à 500.000 livraisons instantanées. Ces chiffres sont plus du double de ceux des livraisons européennes, où la livraison le jour même ne représente à ce jour que 5% des livraisons.

Dans notre monde de choix sans fin, la livraison sur le dernier kilomètre devient une arme de différenciation et de fidélisation de la clientèle pour les détaillants. En offrant des livraisons le jour même à bas prix ou gratuitement, les vendeurs avertis sont en mesure de capter une clientèle dont les exigences dictées par le rythme de la vie moderne sont en constante évolution.

Ou à défaut de pouvoir se différencier, il faudra rester à la pointe des possibilités pour rester concurrentiel.


Les zones franches


Si vous vendez à l’international, vous voudrez certainement utiliser des entrepôts dans les pays de vos clients, pour en plus y centraliser vos retours. Cette stratégie pourra également réduire vos frais logistiques si vous gérez vos expéditions à l’étranger unitairement directement vers votre client final, avec une friction qui ne rassure aucune des deux parties tout en étant un obstacle sérieux à la vente: DDU (delivery duty unpaid) vs DDP (delivery duty paid).

L’approche la plus adaptée consiste à positionner un inventaire dans des centres de traitement des commandes (fulfilment centers) dans le pays ciblé, après acquittement des obligations douanières.

L’augmentation de la concurrence entre les détaillants dans le même espace a provoqué la genèse de la promesse de livraison le jour même. Rendre l’expérience de livraison et de retour simple, transparente et rentable, pour les clients et les détaillants. DDP ou DDU ?

Des solutions ont commencé à émerger du secteur privé et des gouvernements. L’initiative la plus ambitieuse est celle d’Alibaba, qui prévoit de créer un réseau de zones de libre-échange numériques, qui permettrait aux entreprises de vendre des marchandises à travers les frontières avec un dédouanement rapide. En 2017, la première zone de ce type a été ouverte en Malaisie, pour faciliter les échanges avec la Chine.

Dans une déclaration publiée le 17 mars 2017, le ministère chinois du Commerce a déclaré que “les marchandises d’outre-mer achetées en ligne et distribuées par le biais d’entrepôts sous douane continueraient à bénéficier d’un traitement préférentiel, évitant ainsi la quarantaine et les contrôles de qualité qui auraient pu interrompre l’importation de nombreux produits étrangers populaires.

En utilisant l’analyse du big data, les fulfilment centers peuvent déjà anticiper la demande de produits particuliers, les exporter de façon traditionnelle, les importer et les conserver dans les entrepôts du pays importateur. De cette façon, ils peuvent expédier très rapidement des produits directement aux consommateurs. une variante de ce modèle consiste à conserver les produits dans les zones franches et à importer les petites expéditions après un certain volume de commande.

Alibaba ouvre un Hub logistique Européen qui relie par voie ferrée à la Chine à la Belgique
En 2018, Alibaba a signé un accord entre le gouvernement belge pour installer son « hub logistique intelligent » à Liège qui a l’ avantage de sa position centrale en Europe, d’accueillir le 1er aéroport de Belgique, 8ème aéroport de fret d’Europe, le hub aérien de DHL.
L’investissement initial s’élèvera à 75 millions € et la première phase de l’installation devrait être opérationnelle début 2021“, précise Alibaba dans un communiqué.
Avec cette plateforme logistique, Alibaba s’offre un important point d’entrée et de sortie pour importer des biens européens vers la Chine et inversement. Ce hub de Liège va s’inscrire dans un réseau mondial de hubs logistiques (Hong Kong, Dubaï, Kuala Lumpur et Moscou) qui visent à assurer à terme des livraisons dans le monde entier en moins de 72 heures.
En outre, “le gouvernement belge et le groupe Alibaba vont collaborer pour introduire de nouvelles technologies qui permettront de digitaliser les procédures douanières, ce qui est un élément essentiel dans la fluidification du commerce mondial, en particulier pour les PME” indique Alibaba (Business Insider, Déc. 2018)
Le Hub logistique européen d’Alibaba couvrira une superficie de 380.000 m² alors que 220.000 m² étaient initialement prévus. A titre de comparaison, le plus grand entrepôt de France s’étend sur 142.000 m². Il a été ouvert en octobre 2018 par Amazon à Brétigny-sur-Orge. Les six entrepôts Amazon en France totalisent une superficie de 485 000 m². Le plus grand entrepôt du monde est celui de Boeing dans l’état de Washington. Il couvre 398.000 m². L’entrepôt d’Alibaba sera le deuxième plus vaste entrepôt du mondeL’Echo Belgique, mars 2019.
Le Hub logistique européen d’Alibaba est déjà relié à la Chine par voie ferré. Même s’il n’est pas complètement fonctionnel, il est alimenté de marchandises par le rail plusieurs fois par semaine. Il faut trois semaines pour couvrir la distance.
Ce 29 mai, Sud Ouest a annoncé qu’Alibaba allait ouvrir prochainement son premier entrepôt français sur 71.000 m² à Belin-Beliet en Gironde.

Dubai CommerCity, la première zone franche dédiée au ecommerce au Moyen-Orient
Plus récemment, une joint-venture entre la Dubai Airport Freezone Authority (DAFZA) et Wasl Asset Management Group avec un investissement de 870 millions de dollars a annoncée la création de Dubai CommerCity sera la première et la seule zone franche dédiée au marché croissant du commerce électronique dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.
Dubai CommerCity s’étendra sur une superficie de 520.000 m², dont 240 000 m² de bureaux et 54 000 m² d’espace logistique. Il sera composé d’un cluster d’entreprises, avec 12 immeubles de bureaux, d’un cluster logistique avec 105 entrepôts. La première phase du projet devrait ouvrir en novembre 2020 et s’achèvera en 2023.
Le pays est prêt pour la numérisation. La technologie est là, le soutien de l’État est là, et les gens sont prêts. Les progrès ont été limités par le manque d’espace pour entreposer les stocks des entreprises, ainsi que par les livraisons lentes. Si la nouvelle zone franche peut résoudre ces problèmes, les récompenses pourraient être importantes. Si Commercity peut aider à faciliter les transactions pour augmenter la vitesse et l’efficacité, alors je m’attendrais à une croissance fulgurant“, explique Mehrnoush Shafiei, analyste au groupe de recherche Euromonitor.

Le défi douanier


Le défi pour les autorités douanières est immense. Toutes les agences ont du mal à faire face à ce phénomène nouveau, notamment celles en charge des mesures sanitaires et phytosanitaires, des biens culturels, des articles contrefaits, du trafic de drogue, des armes, du blanchiment d’argent, des espèces animales menacées… Leurs systèmes de dédouanement sont conçus pour faire face aux gros envois de conteneurs, pas d’énormes flux de petits colisL’augmentation du volume des expéditions submerge déjà les autorités douanières des pays importateurs, en particulier ceux avec une infrastructure obsolète. (OMC)

L’application de la TVA dès le premier euro au 1er Janvier 2021 sur l’ensemble des importations postales suscite des difficultés opérationnelles majeures pour les prestataires du service universel et pour les douanes au sein des Etats Membres.

  1. Les détaillants en ligne qui ne sont pas dans l’UE et les plateformes devront mettre en œuvre ces réglementations.
  2. Les opérateurs postaux devront présenter en 2021 à la douane des millions d’articles supplémentaires, alors que des solutions numérisées pour les douanes ne seront peut-être pas prêtes qui faciliteront un traitement efficace. 150 millions de colis ont échappé au contrôle douanier dans l’UE en 2017 (Les Echos).
  3. Les autorités douanières devront également faire face à une augmentation des volumes.

Actuellement, les prestataires du service universel et les autorités douanières ne semblent pas être suffisamment préparés à la transmission électronique des données et/ou au dédouanement de volumes importants d’importations de faible valeur prévus pour une notification électronique et/ou des contrôles portant sur des importations de faible valeur. Nous préconisons que les Etats Membres évaluent soigneusement la nécessité d’accroître leurs ressources humaines au sein des douanes et, éventuellement, au sein de l’administration fiscale afin de se préparer à cette augmentation de la charge de travail en 2021.” Wik pour la Commission Européenne

Selon Accenture, en 2017, 72% des colis transfrontaliers pesaient moins d’un kg, 84% moins de 2 kg. Entre 2015 et 2017, le poids moyen des colis à baissé de 12%, qui confirme la croissance du ecommerce et des achats qui se développent sur le segment des “petits” produits.


Conclusion


Les nouvelles technologies et les demandes changeantes des clients ont radicalement changé les priorités stratégiques de tous les acteurs du transport. La transformation numérique est un moteur et l’impact et se fait sentir à la fois sur l’offre et la demande de livraison, les retours et les ventes transfrontalières. Les organisations postales et les transporteurs doivent améliorer l’expérience de livraison tout en se tournant vers de nouveaux modèles commerciaux qui réduisent les coûts en leur permettant un ROI suffisant.

Les vendeurs devront positionner leur stock au plus près des clients et multiplier les zones de livraison rapide. Le commerce digitalisé se caractérisera de plus en plus par des cycles de transport plus rapides et plus simples, des expéditions plus petites, une atomisation des stocks et le passage d’une chaîne d’approvisionnement à un réseau d’approvisionnement. Ces réseaux changent fondamentalement, créant une nouvelle réalité de livraison.

Avec l’intelligence artificielle, si le modèle anticipe qu’un acheteur va bientôt acheter un produit, et si ce modèle sort une probabilité de, disons, 80%, pourquoi Amazon ne vous livrerait-il pas un produit avant que vous ne le commandiez ? Certes, il prend le risque que vous le lui retourniez. C’est un coût. Mais un coût se calcule. Et tout ce qui se calcule s’optimise. (…) Ainsi, en 2030, ce n’est pas seulement la livraison par drônes qui sera le mode de livraison n°1 en volume, mais aussi la livraison à latence négative (J – 1).” (Olivier Levy, fév. 2020)



A lire: Les raisons pour lesquelles les produits Chinois ont les prix les plus bas, Wish, le parfait indicateur de la dérégulation du commerce mondial, Alibaba vs. les marketplaces européennes. La confrontation s’annonce féroce. Faits et chiffres depuis… 1 an., La suppression des franchises douanières dans l’UE : un défi pour les douanes et les vendeurs., L’explosion du fret postal transfrontalier dans le Monde (focus sur l’Union Européenne)., Les vendeurs chinois sur Amazon, Le futur de la livraison du dernier kilomètre, Dubai CommerCity, la première zone franche dédiée au ecommerce au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA), Amazon est le quatrième plus grand service de livraison des États-Unis, Royaume-Uni, le point d’entrée favorable des importations chinoises au coeur de la fraude à la TVA dans l’Union Européenne., Target.com a économisé 8.400 aller-retours à la Lune en un mois avec le Ship-from-Store

Autres sources: Google places a $550 million bet on China’s second-largest e-commerce player, Huffpost, Alibaba to invest $3.3B to bump its stake in logistics unit Cainiao, 3 challenges to expand your logistics internationally,


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