Ecommerce & Coronavirus : Vers une rupture de la chaîne logistique ?

19 mars 2020
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J’accompagne, forme et conseille différents acteurs de l’écosystème (retailers, e-commerçants, grossistes, fabricants, marques) pour les aider à tirer leur épingle du jeu dans un environnement complexe et concurrentiel.
J’aide les décideurs B2B/B2C à faire de bons choix en matière de technologies, de prestataires, d’acquisition puis les accompagne à long terme dans le déploiement des stratégies ecommerce & retail sur leur site web, en marketplaces, en point de vente et sur tous les canaux existants.
Julien Fontaine

entrepreneur e-commerce & consultant freelance au service de la transformation digitale de votre business.

Devant la pandémie de Coronavirus et la crainte qu’elle suscite, nous voilà tous confinés chez nous depuis samedi dernier. Confinés, mais pas complètement. On en tous cas, pas encore. Si on peut continuer à faire notre jogging “en état de guerre”, il faut bien que certains services indispensables continuent de fonctionner, mais aussi que les entreprises puissent continuer à être opérationnelles comme elles le peuvent dans ce contexte incertain. Certains employés peuvent donc travailler à distance, mais d’autres doivent se rendre physiquement sur leur lieux de travail, munis d’une attestation de déplacement en cas de contrôle de la maréchaussée.

Suite aux mesures prises par le gouvernement français pour endiguer la pandémie de coronavirus, on assiste à une envolée de la demande. Les déplacements étant très encadrés hors du domicile, de nombreux Français ont décidé de se préparer au confinement en passant par les boutiques en ligne. Les commandes en ligne se multiplient sur certaines catégories de produits avec pour enjeu d’assurer la livraison. Les grandes enseignes avec une logistique interne mais aussi les vendeurs en ligne avec une logistique externalisée doivent rester mesure d’assurer les livraison et s’adapter à ces fortes dynamiques et à des réglementations inédites.

Cependant, de nombreux salariés de logisticiens proposant des produits « non indispensables » opposent leur droit de retrait pour ne pas venir travailler, empêchant le déroulement des opérations.

Je remercie M. Marc Héricher CEO de Shippingbo.com ( technologie logicielle pour la logistique et le commerce connecté ) qui, bien que très fortement engagé et mobilisé avec ses équipes auprès de ses clients et partenaires pour maintenir la supply chain et continuer d’approvisionner nos concitoyens, a accepté de répondre à toutes mes questions et a largement contribué à la constitution de cet article.
De part le positionnement de sa société en tant que tiers de confiance et facilitateur de business pour les acteurs l’écosystème e-commerce/logistique /transport Shippingbo accompagne plus de 400 clients e-commerçants, retailers, fabricants, logisticiens, grossistes, dropshippers, commissionnaires, … de la TPE au Groupe International il a pu ainsi me remonter de façon synthétique et précise un ensemble de feedbacks et problématiques représentatifs des acteurs du secteur confronté à cette situation sans précédent d’épidémie COVID-19!

La demande explose sur certaines catégories de produits

Le site de la Fnac a vu son audience augmenter de 350%. Celui de Darty n’est pas en reste puisqu’il enregistre une hausse de 200%. Côté business, le groupe Fnac-Darty a multiplié par trois ses chiffres de vente en boutique physique, avant que ces dernières ferment le 14 mars dernier. La partie en ligne a depuis pris le relais et a vu son chiffre de vente multiplié par dix. PC, tablette, imprimante, webcam ou encore casque, c’est le secteur du multimédia qui arrive en tête suivi de l’électroménager, du gaming et du parascolaire. La firme affirme par l’intermédiaire de son Directeur Produits, Olivier Garcia, que la demande sur le multimédia est aussi forte que pendant le Black Friday. Plus généralement, ce sont toutes les familles de produits qui sont en croissance depuis la fermeture des boutiques physiques. Fait notable, les palettes de papier ont fait leur entrée dans le top 50 des ventes sur Fnac.com. Chez Cdiscount, on nous apprend que la transformation est meilleure que l’année dernière pour la même période sans pour autant atteindre les scores réalisés durant le Black Friday. CNet 18/3

Depuis la semaine dernière, nous observons une demande très forte sur certaines catégories de produits en lien avec des besoins précis liés au confinement comme l’équipement informatique (PC, tablettes, imprimantes, accessoires de téléconférence…) où nos clients s’équipent pour télétravailler avec un volume multiplié par trois, le parascolaire afin de pouvoir occuper les enfants (ouvrages de soutien scolaire et cahiers de vacances notamment) avec un volume multiplié par cinq. Chez Darty, la demande est très forte sur  les congélateurs avec des volumes multipliés par dix, alors que ce secteur est un petit marché, mais aussi sur les catégories réfrigérateurs et lave-linge. Enfin, nous connaissons également un pic sur le gaming.” Olivier Garcia, directeur des produits pour le groupe Fnac Darty. (ecommercemag 17/3)

Selon LSA, 18/3, depuis le 12 mars, date de la première allocution d’Emmanuel Macron, mettant en lumière les enjeux de la crise sanitaire, Fnac Darty a pu observer quelles étaient les familles de produits qui suscitent le plus d’intérêt: le matériel informatique (ventes multipliées par 5), les imprimantes-cartouches, les congélateurs (volumes multipliés par 10), les consoles de jeux (fois 5), le parascolaire pour les parents stressés (fois 10), les jeux de société pour occuper les soirées (fois 4).

Pour faire face à l’augmentation de la demande aux USA, Amazon vient d’annoncer le renforcement de ses effectifs avec 100 000 postes créés aux États-Unis et une augmentation du salaire horaire des actifs de 2 dollars/livres/euros.

Face au flux de commande, Amazon suspend ses vendeurs de l’expédition de produits non essentiels dans les entrepôts américains et européens jusqu’au 5 avril. “Nous priorisons temporairement les produits de base, les fournitures médicales et autres produits à forte demande entrant dans nos centres de distribution afin que nous puissions recevoir, réapprovisionner et expédier ces produits plus rapidement aux clients. Nous accordons la priorité aux produits alimentaires de base, aux fournitures médicales et à d’autres produits très demandés entrant dans nos centres de distribution afin que nous puissions recevoir, réapprovisionner et livrer plus rapidement ces produits aux clients. La plupart des produits que nous acceptons actuellement sont dans les catégories : Produits pour bébés / Santé et ménage /Beauté et soins personnels (y compris les appareils de soins personnels) / Épicerie / Industriel & Scientifique / Fournitures pour animaux”.

Pas de rupture de la chaîne de livraison

A ce jour, les livraisons e-commerce restent autorisées mais elles subissent cependant sur plusieurs points des conséquences des autres mesures prises ces derniers jours, notamment la mise en pause de l’activité des acteurs du relais en raison de la fermeture de la plupart des points de retrait. Colissimo et Chronopost assurent encore la continuité des services de livraison à domicile, mais dans un soucis de sécurité sanitaire les services de remises contre signature et de contre remboursement sont suspendues. Certains bureaux de poste restent ouverts. (+ d’infos : Fevad / CapsuleB)

La Poste a précisé lundi 16 mars que 80% de ses facteurs étaient opérationnels. Pour éviter tout contact, la signature du bon de commande est troquée contre un SMS et une distance de plus d’un mètre est imposée entre le livreur et le livré. Pour éviter tout contact, la signature du bon de commande est troquée contre un SMS et une distance de plus d’un mètre est imposée entre le livreur et le livré.

Ces réglementations s’appliquent également aux livreurs de Fnac-Darty comme l’explique Olivier Garcia, Directeur Produits du groupe : “Nous appelons le client pour voir s’il veut toujours son produit et on lui demande s’il a des symptômes. Nos livreurs sont équipés de gants et de gel hydroalcoolique, et on respecte les règles : pas de signature de bon de commande et distance de plus d’un mètre“. Le client a aussi la possibilité de reporter la livraison ou d’effectuer lui-même l’installation. Enfin, le groupe a dû renoncer à deux prestations qui nécessitent une longue présence chez le consommateur : l’installation murale d’une TV et la pose de produits électroménagers encastrables. D’autres enseignes comme Boulanger optent également pour la livraison sans contact. CNet 18/3

Vers une rupture de la chaîne logistique ?

Dans les commerces, de nombreux salariés d’enseignes proposant des produits “non indispensables” et donc fermés, continuent de travailler pour réaliser les inventaires, organiser les rayons ou encore expédier des commandes, à l’exemple de Fnac-Darty, CDiscount, Boulanger ou But.

Mais les vendeurs en ligne et les logisticiens se heurtent au droit de retrait des employés. Devant cette situation anxiogène, la contestation commence dans les activités “non indispensables”.

1) Le gouvernement et les entreprises s’inquiètent du recours grandissant au droit de retrait

Le secrétaire général de la CFDT, Olivier Guivarch, a écrit lundi à la ministre du Travail pour l’alerter sur la nécessité de prendre des mesures “pour protéger les salariés au travail afin qu’ils ne deviennent pas des vecteurs de contagion” car peu d’entre eux ont accès à des moyens de protection, que ce soit dans le commerce, l’industrie agroalimentaire, la logistique ou les transports routiers de marchandises. SL

« Le gouvernement ne peut pas dire ‘Restez chez vous’ et l’employeur appeler en disant ‘Venez travailler, on est fermé mais on va faire l’inventaire ou réorganiser les rayons’ ou encore, comme à la FNAC-Darty ou BUT, faire des livraisons », explique le syndicaliste qui menace de faire un “name and shame” à partir de mardi sur les employeurs mettant en danger leurs salariés. Les Echos 18/3

Ce mardi 17 mars, le ministre de l’Economie s’est entretenu longuement avec certains responsables syndicaux et les représentants de fédérations professionnelles. En cause : les droits de retrait qui se multiplient depuis deux jours partout en France dans de nombreux secteurs d’activité comme l’agroalimentaire, l’énergie, La Poste, le BTP ou encore le ramassage des ordures. 

Des salariés qui craignent pour leur santé à cause de l’épidémie de Covid-19 refusent de se rendre à leur travail. Une situation qui pourrait devenir alarmante si elle se prolongeait dans les jours à venir. “L’inquiétude de ces salariés est légitime, mais l’économie a besoin d’eux. Les entreprises doivent mettre en place de nouvelles règles, leur permettre de travailler en toute sécurité, que ce soit dans le bâtiment, la grande distribution ou le traitement de l’eau. Si des précautions sont prises, il n’y a aucune raison de faire valoir son droit de retrait“, exhorte Bruno Le Maire. Le Parisien, 18/3

2) Droit de retrait et débrayages chez Amazon, La Redoute 

Au sein de l’entrepôt de La Redoute à Wattrelos, la CGT a demandé l’arrêt de la préparation des commandes. Certains salariés ont refusé de prendre leurs postes. Les équipes ont été divisées de 120 à 40 pour ne pas avoir à se croiser. Pour limiter le nombre de personne sur le site, seule la moitié du personnel est présente dans chaque équipe, alternativement une semaine sur deux, a expliqué la direction de la Redoute à 20 Minutes. “Les collaborateurs seront donc en chômage partiel à 50 % du temps. Nous avons aussi instauré un délai de quatre heures entre la fin du service de l’équipe du matin et la prise de poste de l’équipe d’après-midi.”

Même tension sur le site logistique d’Amazon à Lauwin-Planque, près de Douai. “Environ 300 salariés ont exercé leur droit de retrait depuis dimanche car aucune mesure n’a été mise en place en matière sanitaire et ils sont 2.600 à travailler sur ce site“, souligne la CGT. Les salariés dénoncent le manque de protection face au Covid-19, rapporte La Voix du Nord. Ils estiment que la direction n’a pas pris les mesures qui s’imposent. Comme respecter les distances de sécurité (un mètre), le port de gants ou l’obligation de tenir la rampe des escaliers, sans compter la non désinfection des scanners entre chaque prise de poste, la promiscuité dans les salles de repos, à la cafétéria ou lors du passage des portails de sécurité. La direction d’Amazon assure avoir mis en place les mesures sanitaires nécessaires, obligeant notamment les salariés à désinfecter et nettoyer leur poste de travail.

A Toulouse, Amazon a ouvert, il y a 3 ans, une de ses dix agences de livraison. Le centre toulousain emploie aujourd’hui plus de 70 salariés sur 7.500 mètres carré de hangar. Le syndicat CFDT chez Amazon Logistics alerte sur les mesures de précaution qui ne sont pas respectées dans les entrepôts face à l’épidémie de coronavirus, à commencer par l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes sur ses plus grands sites.

Amazon, ajoute la CFDT, se contente toujours du minimum pour protéger ses salariés. Seuls du gel hydroalcoolique et des lingettes nettoyantes sont mis à leur disposition. Comble de l’ironie : le syndicat assure qu’Amazon recrute des intérimaires pour faire face à l’afflux de demandes de livraison lié précisément au respect de confinement de toute une partie de la population.

Le syndicat s’insurge de telles pratiques et réclame la mise en chômage technique de tous les employés d’Amazon pour les mettre à l’abri. Elle les appelle également à faire valoir leur droit de retrait pour leur permettre de se soustraire à cette situation. “Nous pensons que l’attitude d’Amazon est dangereuse, témoigne Julien Vincent, délégué central CFDT chez Amazon Logistics. La multiplication des contacts au sein des entrepôts augmente significativement le risque d’accélération de la contamination sur les zones de vie de ces entrepôts“, déplore celui qui travaille sur le site de Montélimar, dans la Drôme. FranceBleu

La CGT demande, elle, “l’arrêt immédiat de toutes les activités ne participant pas à la production de biens et de services répondant aux besoins essentiels de la population“, selon un communiqué publié mardi. (strategieslogistique)

3) Continuité de la chaîne logistique du transport de marchandises

Ce mercredi matin, Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire et Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d’Etat chargé des Transports, rappelaient “que l’ensemble de l’activité économique du pays continue de fonctionner et que toute la chaîne logistique du transport de marchandises doit rester mobilisée : transporteurs routiers, places portuaires, logisticiens, chargeurs, grande distribution, commerce de gros et l’industrie, notamment agroalimentaire (…) pour assurer la continuité de l’activité économique et des industries de notre pays.”

Pour ce qui concerne l’alimentaire, si les rayons de certains commerces de détail peuvent être momentanément vides, uniquement du fait de comportements de certains clients, l’ensemble des professionnels ont réaffirmé que les stocks de marchandises alimentaires et de produits de première nécessité étaient suffisants pour assurer l’approvisionnement de la population française pour plusieurs semaines.

La ministre du Travail Muriel Pénicaud et le ministre de l’Économie Bruno Le Maire ont annoncé ce mercredi 18 que le travail dominical était désormais autorisé pour les entreprises logistiques, tandis que les règles du travail de nuit seraient assouplies.

Face à la crise sanitaire provoquée par le Covid-19, des mesures ont été prises pour permettre aux entreprises logistiques, primordiales dans ce contexte exceptionnel, d’assurer le maintien des approvisionnements aux magasins, notamment alimentaires.  “J’ai été saisie d’une demande par les entreprises de logistique, j’ai pris un arrêté vendredi soir qui autorise le travail du dimanche pour toute la logistique de l’alimentaire“, a ainsi indiqué dimanche sur LCI la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. (Voxlog, 18/3)

Par ailleurs, le gouvernement précise que la livraison à domicile de repas et la vente à emporter restent ouvertes. Communiqué de presse.

4) Puis-je exercer mon droit de retrait ? (Capital, 16/3)

Les travailleurs qui craignent pour leur santé peuvent renoncer momentanément à remplir leurs fonctions au sein de leur entreprise. Attention toutefois, ce droit de retrait doit être justifié par un “danger grave et imminent”.

La France est passée au stade 3 de l’épidémie de coronavirus le samedi 14 mars, provoquant la fermeture de tous les commerces “non-indispensables”. Ce nouveau signal préoccupant peut logiquement amener les travailleurs à se poser la question de la poursuite de leur mission. Dans une situation où certaines personnes sont tentées de céder à la psychose, la question d’exercer son droit de retrait se pose légitimement. Cette faculté est définie comme le fait de “se retirer d’une situation de travail dont le travailleur a un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé”, détaille l’article L4131-1 du Code du travail.

Mais qui, précisément, peut bénéficier du droit de retrait ? “N’importe quel salarié peut en profiter sans procédure particulière”, répond Delphine Robinet, avocate spécialisée en droit social et associée du cabinet Via Juris. En théorie, vous pouvez donc, quel que soit votre emploi, vous retirer de votre entreprise. Il vous suffit alors d’informer votre employeur de votre décision par n’importe quel moyen, y compris oralement. Mais la réalité est comme bien souvent plus compliquée et vous avez tout intérêt à vérifier que votre cas particulier remplit les critères qui justifient un droit de retrait.

Chaque situation étant particulière, la nécessité pour un travailleur de quitter ses fonctions se décide au cas par cas. Pour le personnel soignant, les chauffeurs de bus ou encore les salariés de grandes surfaces (supermarchés, hypermarchés…) ou de commerces, au contact régulier de personnes pouvant avoir contracté le coronavirus, le droit de retrait est envisageable. Aucun danger, donc, à redouter du côté de son employeur, assure Delphine Robinet : “Il n’y a aucun impact si le droit de retrait est justifié.” Le salaire continue d’être versé normalement. “Aucune sanction, aucune retenue de salaire ne peut être prise à l’encontre d’un travailleur ou d’un groupe de travailleurs qui se sont retirés d’une situation de travail dont ils avaient un motif raisonnable de penser qu’elle présentait un danger grave et imminent pour la vie ou pour la santé de chacun d’eux”, confirme d’ailleurs l’article L4131-1 du Code du travail.

En revanche, difficile d’arguer du besoin d’exercer son droit de retrait si le travailleur occupe un emploi de bureau et n’est pas en contact direct et régulier avec le public. Dans cette situation, c’est la raison qui doit l’emporter. Pour justifier son droit de retrait, il faut mettre un avant “un vrai danger plus que des inquiétudes”, appuie l’avocate. Ainsi, des manutentionnaires amenés à décharger des marchandises venues de Chine n’ont pas intérêt à activer cette option radicale. “Dans ce cas, il n’y a pas matière à droit de retrait”, prévient la spécialiste. Mieux vaut alors, comme bien souvent, privilégier le dialogue avec son employeur, pour lui demander par exemple de renforcer encore les mesures de sécurité. Lorsque c’est possible et s’il n’a pas déjà été mis en place, il peut également être intéressant de demander à bénéficier du télétravail.

Si vous êtes dans cette situation et que vous vous obstinez malgré tout à exercer votre droit de retrait, vous vous exposez à une sanction. Car si votre employeur ne peut vous empêcher de vous retirer physiquement de votre entreprise, il a en revanche la possibilité de vous sanctionner a posteriori. Un châtiment qui peut aller de la retenue sur salaire au licenciement en passant par l’avertissement.

La responsabilité de l’employeur

Le droit de retrait engage votre responsabilité mais aussi celle de votre patron. Ce dernier doit mettre en oeuvre toutes les mesures de précaution possibles, comme la fourniture de matériels pour protéger ses employés. Par ailleurs, il s’expose à devoir verser une indemnisation complémentaire à ses salariés en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle “s’il a continué à les laisser travailler alors qu’il avait conscience d’un danger”, note Delphine Robinet. Capital, 16/3 

L’employeur peut-il s’y opposer ?

En réalité, il n’a pas vraiment son mot à dire. “Le droit d’alerte, ce n’est pas une demande d’autorisation”, précise Me Jérémie Aharfi.

Il est donc possible de le notifier et de quitter son poste malgré son désaccord. La légitimité de ce retrait se juge en fait a posteriori, si l’employeur juge ce droit de retrait illégitime. Dans ce cas, il “considère que le salarié a fait un abandon de poste et le poursuit”, complète Me Eric Rocheblave. “Il peut le faire via un avertissement, une retenue de salaire, voire un licenciement”. C’est ensuite au salarié de contester en saisissant un juge prud’homal, qui “apprécie la légitimité du droit de retrait ou pas”, poursuit le spécialiste du droit de travail. La procédure, longue, peut durer jusqu’à un an. Le Parisien 13/3

Réflexions 

Il est tout à fait légitime que les salariés des plateformes logistiques, de la chaîne du transport et de la livraison du dernier kilomètre puissent s’inquiéter de leur sécurité à leur poste de travail. Aux employeurs d’adapter les procédures pour les mettre en sécurité face à la menace de contagion.

Avancer le caractère indispensable d’un produit est un faux problème. Lorsque E. Macron nous annonçait le confinement et déclarait le pays en “état de guerre”, il a bien pris soin de ne pas interdire le jogging de la semaine. Est-ce si “indispensable” ? Si oui, pouvoir acheter les chaussures qui vont avec l’est-il aussi ? Si un centre logistique entrepose des produits “indispensables” et d’autres “non-indispensables”, il n’y aurait aucun sens à demander aux employés d’expédier un type de produit mais pas l’autre, aux dépens d’une activité économique qui fait ce qu’elle peut pour se maintenir face à une demande croissante sur certains produits.

Pour maintenir une activité économique face à la demande dans un contexte économique exsangue, accepter systématiquement le droit de retrait des salariés pourrait, au-delà de nuire à l’activité de l’entreprise, la contraindre à réduire sa productivité, et peut-être même à fermer, licenciant les salariés et intérimaires qui souhaitent travailler.

Dans les circonstances actuelles, céder à cette pression aurait des conséquences multiples:

  • les entreprises de vente en ligne n’auraient pas d’autre choix que de cesser temporairement leur activité, et peut-être définitivement pour celles qui connaissent déjà de graves difficultés financières.
  • la charge supplémentaire de centaines de milliers de nouveaux chômeurs  temporaires ou de plus longue durée (logistique, transport, livraison).
  • favoriser les occasions de ne pas rester confiné et la congestion des magasins.
  • un contexte de sortie de crise encore plus précaire

Nous n’avons pas fini de découvrir les conséquences économiques de la crise sanitaire que nous traversons. Peut-on se permettre de la détériorer davantage notre contexte économique, “en état de guerre” ?

Le gouvernement se doit de réagir vite moins pour rassurer les acteurs de l’écosystème que pour effectivement permettre le bon déroulement des opérations logistiques des produits “indispensables” mais aussi “non-indispensables”. Les premiers pour des besoins de première nécessité, les seconds pour sauver ce qui peut encore l’être, pour permettre même à certains (à l’exemple de Fnac-Darty) de profiter de la situation, mais aussi pour ne pas aggraver la situation économique.

Les décrets gouvernementaux ne vont pas tarder à tomber. Gardons l’oeil ouvert.


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Julien Fontaine

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