Wish, le parfait indicateur de la dérégulation du commerce mondial

12 janvier 2020
Wish marketplace & ecommerce
J’accompagne, forme et conseille différents acteurs de l’écosystème (retailers, e-commerçants, grossistes, fabricants, marques) pour les aider à tirer leur épingle du jeu dans un environnement complexe et concurrentiel.
J’aide les décideurs B2B/B2C à faire de bons choix en matière de technologies, de prestataires, d’acquisition puis les accompagne à long terme dans le déploiement des stratégies ecommerce & retail sur leur site web, en marketplaces, en point de vente et sur tous les canaux existants.
Julien Fontaine

entrepreneur e-commerce & consultant freelance au service de la transformation digitale de votre business.

Wish est l’exemple parfait de l’acteur majeur du e-commerce qui n’attend pas pour profiter des failles d’un système macro-économique mondial dérégulé et attardé aux dépends de qui que ce soit et au profit des plus malins. Jusqu’à présent, ce type d’acteur n’avait pas un coup d’avance, mais dix ans.

Wish doit maintenant faire face à des vents contraires. Avec les changements réglementaires à venir, 2021 sera une année charnière, où des règles décennales seront remplacées par de nouvelles. Les cartes du commerce mondial pourraient être partiellement redistribuées pour beaucoup d’acteurs.

Changez une seule carte dans une mauvaise main et le jeu change. Les jours des produits chinois à 1€ et 1€ supplémentaire de frais de transport pourraient bientôt être comptés.

Plan de l’article :
1) Qui est Wish ?
2) La moitié invisible ou comment l’élection de Trump a ironiquement rationalisé le modèle commercial de Wish.
3) Que vend Wish ?
4) Une promesse ambigüe. Marque ou Contrefaçon ?
5) Réseaux sociaux, bouche à oreille, retargeting & Neymar
6) L’application Wish, n°1 des applications Shopping dans le Monde
7) Wish, un succès commercial mondial
8) Ambition ou mégalomanie ?
9) La preuve sociale de Wish en France : 2/5
10) Wish viole le droit de rétractation des clients
11) Wish bénéficie de circonstances macro-économiques favorables qui pourraient ne pas le rester.
11a – Pourquoi les exportateurs chinois bénéficient t-ils de tarifs préférentiels?
11b – la suppression de l’exonération des droits de douane et de TVA sur les colis de moins de 22€ au 1er Janvier 2021
11c – L’explosion du fret postal international : les enjeux sont énormes !
11d – Le recel de fraude à la TVA
11e – Wish assujetti à la taxe GAFA
11f – Name & Shame : Wish n’échappera pas à la liste noire prévue dans le PLF 2020
11g – La concurrence
12) $1,63 milliards levés depuis 2011
13) Réflexions & psychiatrie

Son application mobile est n°1 dans près de 40 pays dans la catégorie shopping. Wish rentre dans le Top 10 du e-commerce dans l’Hexagone. Et même ma tante est cliente.

Lors de mon dernier passage à Cassis, mon village natal, je suis passé voir ma tante de 75 ans. Pendant 50 ans, elle vendait le poisson que son père, puis son mari, allait pêcher tôt le matin. Chez elle, elle me montra que sur son ordinateur, elle achetait tout sur Wish (chaussures, vêtements, jouets, cadeaux…), qu’elle allait de moins en moins au centre commercial. S’il y a bien quelqu’un que j’imaginais réfractaire à l’achat en ligne, c’est elle. Et en même temps, si ma tante a un ordinateur, c’est pas pour faire des lignes de code, mais pour acheter ou regarder les ragots sur les célébrités. Je lui demandais pourquoi elle achetait si souvent sur Wish.

“On trouve plein de choses, c’est pas de très bonne qualité, c’est pas cher, par contre il ne faut pas être pressé. Eh oui, parce que ça vient de Chine !” (imaginez avec l’accent d’une poissonnière provençale septuagénaire qui fume 2 paquets de clope par jour). Je lui demandais, si en dehors du délai de livraison, elle avait déjà eu d’autres problèmes. Par exemple, que le livreur lui demande de payer un supplément, pour payer les droits de douane par exemple. Elle me répondit que ça n’était jamais arrivé, que si ça avait été le cas elle lui aurait crevé l’oeil avec épine de rascasse.


1) Qui est Wish ?

Wish, c’est l’histoire de Peter Szulczewski et Danny Zhang, respectivement ex-employés de chez Google et Yahoo. En 2010, les deux programmeurs avaient créé une première application, Wishlist qui permettait aux internautes de créer des listes de produits qu’ils souhaitent acheter. L’application gagnait rapidement en popularité, et les deux comparses réalisent vite que les produits que les utilisateurs plébiscitaient le plus étaient souvent très bon marché. Ils ont donc approché des marchands chinois pour leur proposer de vendre directement leurs produits aux utilisateurs de l’application.

Wish appartient à Context Logic, une start-up de la Silicon Valley qui “se concentre sur la création de la plate-forme d’achat mobile de prochaine génération (Wish), qui connecte les utilisateurs mondiaux aux marchands mondiaux. Nous utilisons le machine learning et le traitement automatique du langage naturel pour faire correspondre les produits aux utilisateurs et aux marchands, offrant ainsi une expérience d’achat intégrée sans faille et sans friction.”

Wish, ou plutôt ContextLogic Inc est enregistrée au Delaware (paradis fiscal américain). Ses bureaux sont à San Francisco, avec une société hollandaise ContextLogic BV dont on ne retrouve que 2 employés sur Linkedin. La page de contact Wish nous cite Sylvan Martha, directeur de ContextLogic BV. Son profil nous renseigne sur ses fonctions de directeur dans VAT-EX, cabinet de représentation fiscale à Amsterdam, de CEO d’HBM Group qui aide les entreprise étrangères à résoudre des problématiques opérationnelles dans l’UE, mais immatriculée à Curaçao, dans les Antilles Néerlandaise (paradis fiscal hollandais) et fondateur de First European Data Rep qui aide les entreprises non-EU à se mettre en conformité avec la RGPD.


2) La moitié invisible ou comment l’élection de Trump a ironiquement rationalisé le modèle commercial de Wish.

Selon un post Facebook de Peter Szulczewski, CEO de Wish, en décembre 2016 :

Il existait un important marché de consommateurs mal desservi qui privilégiait le prix plutôt que les jolis emballages, les expéditions rapides et les marques. Malgré nos indicateurs, les investisseurs nous ont répété à plusieurs reprises qu’ils ne connaissaient personne qui achèterait sur Wish. Rappelant que le plus grand détaillant américain ne s’occupait que de consommateurs soucieux de la valeur, ces investisseurs ont fait la sourde oreille.
Les résultats de l’élection présidentielle de 2016 ont surpris la majorité des habitants de la Silicon Valley et des médias nationaux. Le New York Times donnait à M. Trump 8% de chances de victoire. Cela avait du sens, après tout, nous ne connaissions personne qui soutenait Trump. Quelqu’un est allé à ces rassemblements, quelqu’un a voté et quelqu’un a acheté ses casquettes, mais nous ne les connaissions pas, ils n’existaient pas, ils étaient la moitié invisible. Lorsque vous regardez l’application Wish qui grimpe dans les charts en cette saison des vacances et que vous ne comprenez pas pourquoi, rappelez-vous que les chiffres ne mentent pas et que tous ces experts et élites ont ignoré les priorités, les valeurs et l’existence de 62 millions d’américains ‘invisibles’ plus tôt cette année
.”

Szulczewski déclarait à Forbes : “Selon la FED, 41% des ménages américains ne disposent pas de $400 de liquidités, les clients voient leur compte bancaire décliner le plus souvent juste avant le jour de la paie”.

Wish est probablement la seule marketplace de consommation de masse qui n’essaie pas d’être Amazon. C’est ce qui la rend intéressant. EBay, Cdiscount, Rakuten… et plus récemment Google tentent tous la même promesse d’Amazon: livraison gratuite en deux jours, énorme catalogue et prix attractifs. Wish se concentre sur un ensemble complètement différent de clients. “Je pense que les gens comprennent mal la démographie de ce pays (USA) et des endroits comme l’Europe“, a déclaré Peter Szulczewski, CEO de Wish. Il sous-entend que tous les consommateurs ne veulent pas la même chose et, plus important encore, ne peuvent pas se permettre la même chose. Wish ne concurrence pas Amazon. Elle s’adresse aux consommateurs qui privilégient le prix à la marque et à la livraison rapide.

Les élites qui gèrent les médias traditionnels et les entreprises de la Silicon Valley ne peuvent pas voir ce qu’elles ne savent pas, et beaucoup d’entre elles ne connaissent personne en dehors de leur entourage dont les revenus sont similaires aux clients de Wish. Pour beaucoup d’entre eux, reconnaître que Wish ait la capacité ou le potentiel d’affronter Amazon est aussi difficile que de reconnaître le résultat de l’élection de Trump en 2016.” Joseph Wildey

Compte tenu de la petite taille, de la nature et du prix des articles vendus sur Wish, il était facile de ne pas faire la relation entre l’entreprise et son marché potentiel. C’était une erreur. La promesse d’Amazon est de pouvoir acheter un produit de valeur au meilleur prix avec une livraison rapide. La promesse de Wish est d’acheter le même article à un prix imbattable, sans le logo de la marque, en direct du fabricant, mais avec un délai de livraison long. Wish cible les acheteurs à faible revenu qui peuvent enfin acheter sans compter des articles à petit prix, peu importe la qualité.


3) Que vend Wish ?

Wish est une marketplace qui vous propose des soldes toute l’année sur des milliers de produits divers comme des vêtements, des accessoires de mode, des sextoys, des appareils électroniques, des fausses dents, du maquillage, des produits cosmétiques, des gadgets ou encore du high-tech. La société prend 15% de commission sur chaque vente.

Wish réunit principalement des marchands chinois. Elle promet un délai de livraison de 2 à 4 semaines. Une étude de Marketplace Pulse de novembre 2018, calculait que 94% des marchands sont basés en Chine. Les vendeurs basés aux États-Unis représentent 4%, suivis du Royaume-Uni à 0,3%, du Canada à 0,2%, de l’Inde à 0,1% et de l’Australie à 0,1%. Le reste est réparti dans le monde entier. Même parmi les vendeurs internationaux, beaucoup vendent des produits fabriqués en Chine.
Toutes les plus grosses marketplaces regorgent également de marchands vendant directement de Chine. Wish est la seule à l’afficher ouvertement.

En 2018, la société a lancé Wish Express, réduisant les délais de livraison à six jours, mais uniquement pour certains produits. La société a déclaré avoir investi dans la construction de trois entrepôts aux États-Unis, où la société stocke certains de ses produits les plus vendus. Elle exploite un service d’entreposage et de logistique appelé Fulfillment by Wish (FBW) aux États-Unis et en Europe.

Tout vient de Chine, et les produits en question n’ont pas de marque, ou tout du moins sont siglés avec des marques inconnues. Des imitations de lunettes de soleil Oakley à 4€, des montres connectées à 25€ au lieu de 244€, un smartphone 4G & 5G à 103€ au lieu de 998€… ou carrément des contrefaçons Louis Vuitton.

Wish ne vend pas que des imitations ou des contrefaçons (la limite entre les deux est ténue). Impossible d’échapper aux promotions alléchantes de Wish. Impossible également de ne pas s’en méfier. Comment est-il possible de proposer de tels produits à un prix aussi bas ? Forcément, sur ce genre de plateforme, les abus existent.

Wish vend plus que des gadgets et des vêtements bon marché. Certains des produits sur le site peuvent présenter de véritables problèmes de sécurité des consommateurs : maquillage, sextoys, huiles corporelles, cosmétiques, bonbons, jouets pour bébés. Ce sont des produits très réglementés sur nos marchés et il ne fait aucun doute que le fabricant chinois n’a aucun soucis de nos réglementations. Wish non plus.

“Certains articles proposés ne répondent pas aux normes européennes, et peuvent même s’avérer dangereux. Début août, des bagues ont fait l’objet d’un rappel publié via Rapex, le système d’alerte européen sur les produits dangereux. Ces bijoux de différentes marques contenaient un fort taux de cadmium et de plomb, des métaux particulièrement toxiques. Mais Wish n’a pas réagi : plus d’un mois après, les anneaux étaient toujours vendus sur la plateforme. Interrogée, la Répression des fraudes nous a confirmé le manque de réactivité du vendeur pour supprimer les produits signalés. Wish prend décidément ses responsabilités les plus élémentaires à la légère”. 60 Millions de consommateurs

En mai 2018, THINK Chemicals, une association de consommateurs danoise a déclaré que les produits de Wish violaient les lois de l’UE. Elle a déclaré que l’achat de produits cosmétiques sur Wish est problématique. Le principal problème est que les clients ne savent souvent pas ce qu’il y a dans les produits qu’ils achètent. THINK Chemicals y a commandé 39 produits cosmétiques différents. Wish est actuellement la cinquième boutique en ligne la plus populaire au Danemark

“Dans de nombreux cas, les produits de ces types de sites Web se sont toutefois révélés de qualité douteuse dans les études du Consumer Council”, écrit THINK Chemicals. “En outre, les produits de ces sites Web peuvent rencontrer des problèmes pour répondre aux exigences légales et de sécurité de l’UE. (…) De nombreux produits ne sont pas conformes aux règles européennes en matière de cosmétiques car ils ne répertorient pas les ingrédients. Par conséquent, en tant que consommateur, vous n’avez aucune idée de ce que vous achetez.”

Un journaliste relatait dans un article du 20/12 de BFMTV son expérience d’achat d’une crème dermatologique : “Wish vend des cosmétiques de grande marque, en l’occurrence La Roche Posay. Deuxième surprise: cette crème teintée pour le visage, la BB Cream de la gamme Uvidea, coûte moins de 3 € sur la plateforme, alors que La Roche Posay la vend entre 32 et 34 €. A la réception, cette énorme différence de prix s’explique très bien. Cette crème a tout de la mauvaise contrefaçon. Sur l’image de l’annonce Wish, le produit s’appelait “Uvidea”. Sur le tube que nous avons reçu, une légère faute d’orthographe a transformé ce nom en “Vuidea”. Autre coquille plus haut, sous le nom “La Roche Posay”, il est inscrit “laboratoire dermatologiqYe” (au lieu de dermatologiqUe). Mais au moins, la face avant est renseignée. Sur la face arrière, il n’y a rien du tout : pas de liste des ingrédients du produit, pas de détails sur le lieu de sa fabrication, absolument rien. Or la législation française oblige à renseigner le nom des substances qui composent le produit sur son contenant. Nous n’avions pas les moyens techniques de tester le contenu du tube. Mais la DGCCRF a mené ce travail en 2018, en commandant notamment des cosmétiques sur les places de marchés à bas prix. 65% des objets qu’elle a testés se sont révélés non-conformes aux normes de sécurité européennes, et 38% étaient même dangereux, avec par exemple des substances non autorisées dans les produits de beauté.”

Wish se positionne comme un médiateur entre marchands et acheteurs, mais chaque commerçant porte la responsabilité individuelle de fournir des services de commerce électronique à ses clients. En d’autres termes, Wish connecte uniquement les acheteurs et les vendeurs, mais n’est directement impliquée dans aucune transaction entre eux. Wish ne pourra être tenu de quoi que ce soit. Il n’est qu’un intermédiaire. Vous en êtes prévenu par l’article 11.6 de ses CGU : “En cas de litige uniquement entre les participants sur ce site, ou uniquement entre les utilisateurs et un tiers, vous acceptez que ContextLogic ne soit pas tenu de s’impliquer.”


4) Une promesse ambigüe. Marque ou Contrefaçon ?

D’un côté, Wish affiche clairement que vous pouvez acheter des produits en direct du fabriquant, sans le logo de la marque de 60 à 90% moins cher qu’en magasin.

De l’autre, Wish annonce tout aussi clairement qu’il vend des produits de marque à prix discount : “Nous proposons de produits de marque à un prix abordable : Apple, Samsonite, Burberry, Coach, Michael Kors, Ray Ban, Fossil, Guess, Tommy Hilfiger, Champion, Sperry and more!” Wish annonce clairement qu’il vend des produits de marque.

La réalité, c’est que ses lunettes Ray-Ban sont fabriquées en Italie par Luxottica, son unique propriétaire (j’en ai vendu pendant 20 ans). Il est impossible de les sourcer en Chine.

Mais bon, une copie de la célèbre Ray-Ban Aviator, la solaire la plus vendue au Monde pour 14€ au lieu de 142€ chez Ray-Ban, c’est attractif.
Les clients du vendeur Chinois qui a déjà reçu 5190 avis sont très contents, d’autant plus qu’il n’y a que 3€ supplémentaires de frais de port.

Les consommateurs semblent souvent plutôt à l’aise avec l’achat de produits contrefaits. Selon un sondage réalisé en 2017, 10 % des consommateurs européens reconnaissaient en avoir déjà acheté au cours des douze derniers mois. Le phénomène est particulièrement marqué chez les jeunes : 41 % des 15-24 ans jugent “acceptable d’acheter des produits contrefaits lorsque le prix du produit original et authentique est trop élevé.Le Parisien

Le commerce de produits contrefaits totalisait $509 milliards en 2016 selon les chiffres de l’OCDE. C’est plus de 3 % du commerce mondial en augmentation de 10% depuis en 3 ans. “Non seulement la contrefaçon ne cesse de prendre de l’ampleur, mais il est probablement sous-estimé. (…) Le recours aux petits colis envoyés par l’intermédiaire des services postaux et ne cesse de croître. Entre 2014 et 2016, environ 69 % des saisies dans le monde concernaient de telles expéditions”. Richard Hiault, Les Echos

La promesse de Wish n’est pas ambigüe, elle est mensongère. Les produits de viennent pas “en direct du fabriquant, sans le logo de la marque, de 60 à 90% moins cher qu’en magasin”. Ni Vuitton, ni Ray-Ban ne sont fabriqués en Chine. Pour 17€, on doit pouvoir trouver la même Ray-Ban à la Porte de la Chapelle même moins. Si cette copie est livrée en France, elle échappera en plus aux droits de douane et à la TVA, les produits d’une valeur inférieure à 22€ en étant exonérés.


5) Réseaux sociaux, bouche à oreille, retargeting & Neymar

Les jeunes générations sont attirées par la nouveauté, surtout lorsqu’une marque qu’elles ont débusquée leur promet un service particulièrement adapté à leurs besoins. Les mécanismes d’influence ont beaucoup été chamboulés par les réseaux sociaux. Wish a sa personnalité et quelque chose à dire : “vous pouvez succomber à vos désirs d’achats compulsifs sans vous ruiner, acheter des produits non brandés de qualité équivalente aux marques chères“. Sa promesse était propice au buzz.

“A grands coups de campagnes sur Facebook et Instagram, les utilisateurs se sont retrouvés submergés de réclames sponsorisées pour des objets vendus sur Wish et le bouche-à-oreille s’est chargé de séduire le reste de la population mondiale. Le fonctionnement de Wish est simplissime : il s’agit d’un intermédiaire entre des manufactures chinoises qui produisent des babioles en quantité considérable et des utilisateurs au faible pouvoir d’achat qui peuvent enfin acheter sans compter”. Les Inrocks

“Avec $100 millions dépensés en publicités chez Facebook (et donc Instagram), Wish comptait ainsi parmi les trois premiers annonceurs mondiaux du réseau social en 2015, et les dix premiers de Google et Pinterest. Elle serait même devenue numéro un mondial en dépenses sur Facebook et Instagram pendant les fêtes de fin d’année 2015. Cependant, l’entreprise ne précise officiellement ni son budget publicitaire, ni son volume global d’affaires ni son chiffre d’affaires”. Recode

“Aujourd’hui, Wish est le second annonceur de Facebook toutes catégories comprises”, assure Yves Marin. Autrement dit, la start-up se démarque par une stratégie publicitaire très agressive sur les réseaux sociaux tels Youtube, Instagram, Google et donc Facebook. L’entreprise revendique 2,5 millions de produits vendus chaque jour et plus de 300 millions d’utilisateurs dans le monde en 2017. JDN

Fort de ses fonctionnalités et de son pouvoir à générer beaucoup de trafic, le site recueille une quantité considérable de données sur ces clients. Wish sait ce qu’ils achètent, regardent, souhaitent et partagent. Il peut ainsi leur proposer des produits qui les intéresseront à des remises de prix toujours très alléchantes. Ce que les clients adorent. En outre, la plate-forme les re-cible sur les réseaux sociaux, des sites de grande audience (Outbrain, Criteo), les relance par email…

Wish a un business model imparable : prix imbattables, il encourage l’achat impulsif voir compulsif, son taux de rétention client est élevé. Et si la qualité n’est pas au rendez-vous, c’est pas si grave… pour le prix qu’on a payé. Sa promesse unique alimente sa notoriété par le bouche-à-oreille, le moins cher et le plus efficace des marketing.

Wish met le paquet pour la Coupe du Monde de foot 2018 : “A l’occasion de la Coupe du Monde 2018, le site de e-commerce Wish lance une campagne publicitaire avec de nombreuses personnalités du football. Le casting de la nouvelle publicité de Wish, sponsor maillot de la franchise NBA des Los Angeles Lakers, est plutôt impressionnant. Neymar, Paul Pogba, Gareth Bale, Gigi Buffon, Robin van Persie, Tim Howard ou encore Claudio Bravo ! Notons que pour la télévision, des versions de 30 secondes ont été également réalisées, se concentrant sur chaque personnalité et les différents marchés. ” Alexandre Bailleur dans Sportbuzzbusiness.fr (juin 2018)


6) L’application Wish, n°1 des applications Shopping dans le Monde

Wish affiche une audience très largement mobile. L’application est prioritaire dans sa stratégie : le téléphone portable demeure le support idéal pour les achats impulsifs à petits montants (73,3% de visites sur smartphone selon eWorks). Son application mobile est n°1 devant celle d’Amazon dans près de 40 pays sur le magasin d’applications Android dans la catégorie shopping. Elle vient de passer n°2 en France derrière Vinted au T2 2019. Selon Sensor Tower, l’appli Wish a été téléchargée 17 millions de fois dans le Monde en novembre 2019.

Désormais, Wish est la troisième place de marché au monde en termes de ventes, la société compte près de 90 millions d’utilisateurs mensuels.” (Feedvisor, 2019)

7) Wish, un succès commercial mondial

Wish est la première application de shopping en Grèce, en Finlande, au Danemark, au Costa Rica, au Chili, au Canada et au Brésil. Environ les 2/3 des clients vivent en dehors des USA. Selon Sensor Tower, le nombre d’utilisateurs de Wish a bondi de près de 50% par an au premier semestre 2017 et près des 2/3 sont des femmes.

Wish est qualifiée par Xerfi de “phénomène de l’année 2017 en France, figure déjà dans le top 10 des sites e-commerce les plus consultés et peut se prévaloir d’un volume d’affaires compris entre 150 et 180 millions €” LSA

Wish confirme sa place parmi les géants de la vente en ligne dans l’Hexagone en termes d’audience, en occupant la 11e place (10e au T1). 10,517 millions de visiteurs uniques par mois. Elle couvre 16,8% de la population. (Fevad, T2 2019). Nos pauvres achètent sur Wish avant d’aller manifester contre le réchauffement climatique causé par les grands industriels.

Aujourd’hui, Wish revendique plus de 500 millions d’utilisateurs, plus d’un million de marchands, plus de 200 millions de produits dans son catalogue et plus d’$1 milliard de chiffre d’affaire annuel.

Wish vend quelques milliards de dollars de produits par an mais impossible de connaître les chiffres, la société ne les divulgue pas. Szulczewski annonçait à Recode, en 2016, “Wish a réalisé $1 milliard de CA et a plus que doublé ses ventes chaque année depuis sa création il y a huit ans. Elle est en voie de doubler le nombre de marchandises vendues cette année et que, au cours des 12 prochains mois, elle enregistrera un volume brut de $4 milliards. Wish vend 2 millions d’articles par jour, le client moyen achetant 16 articles par an”. Il déclarait à Forbes en 2018 : “Wish est l’application de shopping la plus téléchargée au monde en 2018 et est désormais le 3ème plus grand marché e-commerce aux États-Unis en termes de ventes. À l’échelle mondiale, 90 millions de personnes l’utilisent au moins une fois par mois. 80% des nouveaux clients reviennent acheter une 2ème fois. Wish a doublé son chiffre d’affaires l’an dernier, à $1,9 milliard”. Dans une autre étude de 2018, Marketplace Pulse estimait son volume de ventes à $10 milliards annuels.

Amazon compte 2 millions de vendeurs. Amazon embauche un demi-million de personnes et compte, rien qu’en Europe, une cinquantaine d’entrepôts. Wish n’a que 647 employés et ne s’embête pas avec l’inventaire : les marchands s’occupent eux-mêmes de la logistique, tout en acceptant de se voir prélever une commission de 15%. Le Figaro

Selon Édouard Nattée dans EcommerceMag, “Wish enregistre des prix de vente moyens de 5 € par objet et des paniers moyens de 19 €, explique la popularité grandissante de ces plateformes. Dans ce contexte, les acteurs du monde du retail traditionnel, qui avaient jusque-là prospéré sur les faibles coûts de production offerts par la Chine, deviennent les premiers concurrents, sinon les premières victimes, de leurs anciens fournisseurs.”

Selon Florian Cleyet-Merle de Foxintelligence : “Wish est devenu n°2 du e-commerce français en termes de nombres d’articles vendus en 2018. De moins de 3% des consommateurs français ayant acheté au moins un article sur Wish en 2017, nous sommes passés à plus de 15% en 2018.”


8) Ambition ou mégalomanie ?

Une personne proche de Wish a déclaré qu’Amazon avait offert $10 milliards pour acheter la société en 2015 et qu’elle gagnait environ 11% de son CA brut. Recode

Szykczewski a déclaré : “Prenez votre marchand local à Shenzhen, où la majorité des produits du monde sont fabriqués, à la fois de marque et sans marque. Ce marchand n’a aucune idée de la façon de vendre aux Pays-Bas, en France, au Brésil, aux États-Unis et en Australie. Il n’a aucune idée de la façon de communiquer avec ces clients, alors nous nous en chargeons. En retour, les commerçants obtiennent une audience supplémentaire de plus d’un milliard d’utilisateurs de smartphones qui ne cannibalisent pas vraiment leur marché existant. (…) Nous pensons que tout comme Alibaba, tout comme Walmart, nous pouvons atteindre des centaines de milliards de capitalisation boursière. Je pense que ces deux entreprises ont été construites sur le même principe d’économie de temps et d’argent pour leurs consommateurs. Nous faisons la même chose sur votre téléphone.The Hustle, Mars 2016

En 2016, Szulczewski déclarait à Recode : “Nous pensons que nous deviendrons le 2ème ou le 3ème marché. Nous pensons qu’Alibaba sera le premier, et ensuite ce sera nous, soit Amazon, en fonction de la rapidité avec laquelle ou de la rapidité avec laquelle ils gagneront en Inde. Si nous conquérons l’Europe et l’Amérique du Sud dans une certaine mesure, et l’Amérique du Nord, du moins sur le mobile, je pense que nous pouvons atteindre $1.000 milliards de chiffre d’affaires. Cela pourra prendre 8 ou 10 ans. Mais je pense que nous y arriverons.


9) La preuve sociale de Wish en France : 2/5

“Le business model de cette Foir’fouille des temps modernes est donc simple: tout rentre mais rien ne sort. Et quand les prix sont réellement cassés, les produits le sont aussi, comme en attestent les centaines de vidéos d’unboxing sur Youtube. Proportions non respectées, modèles non conformes, matériaux douteux… les produit tiennent rarement leurs promesses. (…) La marketplace ne fait que le passe-plat auprès des revendeurs et ne s’engage en aucun cas sur la qualité des produits, ni sur la logistique, encore moins sur les frais de retour des marchandises. Et ce, malgré la commission qu’elle encaisse sur les ventes.” Korii

Le numéro de téléphone du service client est aux USA. La boîte vocale renvoie elle-même vers son adresse mail. Un chat est accessible en ligne ou sur l’appli.

Mais à y regarder de plus près, la qualité des produits n’est pas toujours au rendez-vous. Sur YouTube, ils sont nombreux à en avoir fait l’expérience. Généralement, tout se passe bien pendant le déballage, puis au moment de tester la marchandise c’est une tout autre histoire.

A ce sujet, une pratique est devenue peu à peu viral sur Twitter : partager ses déboires à l’aide du hashtag #WishShopping. Quant à se filmer au moment de la réception d’une commande Wish pour voir si les articles correspondent vraiment à nos souhaits est devenu un genre en soi chez les youtubeurs.

L’association 60 Millions de consommateurs a notamment dénoncé les faux prix ainsi que les produits dangereux et trompeurs sur le service.

“Le sérieux des vendeurs n’est pas contrôlé sur Wish qui se contente de vendre des emplacements dans sa galerie commerciale virtuelle”, souligne Jean-Marc Megnin. Ce genre de site sert d’abord à collecter des données d’internautes qui sont revendues. D’ailleurs pour s’y connecter, on est contraint de s’inscrire via son compte Facebook ou Google”. Quant aux ventes, “c’est la cerise sur le gâteau” qui permet au site de prospérer et d’accumuler les données. “Aux consommateurs d’être conscients qu’ils y laissent bien plus que quelques euros”, conclut l’expert. Le Parisien.

Wish déjoue toutes les règles : service client inexistant, produits de mauvaise qualité voir contrefaits, preuve sociale calamiteuse, tiers de méfiance absolu… mais pour le prix que vous payez, ça n’est pas si grave.


10) Wish viole le droit de rétractation des clients

Une association de consommateurs allemande a publié un communiqué de presse dans lequel ils mettent en garde contre le blocage des comptes de Wish. La marketplace accuse une partie de ses clients d’abuser de la “politique de remboursement et de retour généreuse”. Les personnes concernées perdent l’accès au service client sans aucun avertissement et donc la possibilité de révoquer ou de se plaindre de commandes ouvertes.

Selon l’association, certains consommateurs ont déclaré qu’ils venaient de retourner un seul achat avant d’être bloqués. Selon les personnes concernées, elles n’ont pas reçu d’alerte. Et le manque de contact a également des conséquences importantes. “Une fois que le compte du client a été marqué par Wish, les consommateurs ne pourront plus retourner les commandes en attente, se plaindre de défauts ou signaler des envois perdus”, a déclaré Kirsti Dautzenberg de l’association des consommateurs de Brandebourg. “À chaque commande, les clients courent le risque que Wish les empêche d’exercer leurs droits de rétractation.”

Ce qui est encore plus surprenant, c’est que Wish appelle ses clients à continuer d’acheter sur la plate-forme. Parce que ce n’est que par un nombre inconnu d’achats supplémentaires que les clients bloqués peuvent restaurer leur “bonne réputation” et réactiver l’accès au service client.


11) Wish bénéficie de circonstances macro-économiques favorables qui pourraient ne pas le rester.

11a – Pourquoi les exportateurs chinois bénéficient t-ils de tarifs préférentiels?

Les accords de l’Union Postale Universelle établissent une compensation financière des coûts du transport des pays de départ par les pays d’arrivée des colis : il est variable selon le degré de développement des pays et est inchangé depuis 1969. C’est le principe des frais terminaux. Or, la Chine d’aujourd’hui n’est plus celle d’il y a 50 ans. De 1980 à 2018, le PIB chinois a été multiplié par 31 en seulement 38 ans ! Mais l’UPU classe encore la 2ème économie mondiale parmi les pays en développement.

Un article de Fortune de mars 2015 compare de prix entre un vendeur chinois sur eBay capable de proposer un produit à $1,96 avec les frais de port offerts contre $18,17 (dont $6,99 de port) pour son concurrent américain RadioShack (qui a fait faillite depuis). Le prix d’un colis de 2 kg expédié d’un État américain à un autre est de 19 $ à 23 $, tandis que China Post paie 5 $ pour l’expédier n’importe où aux États-Unis avec USPS.

“Dans quelques Etats Membres (à coût élevé), les frais terminaux représentent seulement  20 à 30% de l’affranchissement intérieur pour des articles semblables. Par conséquent, de nombreux prestataires du service universel livrent des petits paquets importés à perte. Comme ces importations ont connu une croissance rapide, les pertes pour ces petits paquets entrants peuvent s’ajouter aux coûts nets de l’ obligation de service universel.” Wik pour la Commission Européenne.

Ces subventions à l’importation auraient coûté plus de $500 millions aux Etats-Unis depuis 2012. L’une des préoccupations de l’administration Trump était de mettre fin à cette aberration qui a permis à la Chine de tirer parti des taux plus bas offerts aux pays en développement.

Après avoir menacé de quitter l’UPU fin octobre au risque de créer une crise mondiale majeure, un accord a finalement été conclu in extremis. Il permettra aux États-Unis d’établir leurs propres tarifs postaux en juillet 2020 et aux autres pays recevant plus de 75 000 tonnes de courrier par an de commencer à appliquer progressivement des tarifs plus élevés à partir de janvier 2021, avec une période de mise en place progressive des nouveaux tarifs sur cinq ans.

Si vous voulez en savoir plus, lisez cet article : Les colis chinois de moins de 2 kg ont des tarifs préférentiels. Ca va changer. Merci Trump !!! Où est l’UE ?.

Un autre effet pervers est que les frais de livraison bas sont un avantage commercial facilitant les importations, mais bien sûr à sens unique : si le client souhaite retourner son colis, il devra payer les frais postaux de son pays, bien plus élevés et parfois dissuasifs : “J’ai acheté un article auprès d’un vendeur à Hong Kong pour 6 $ et 1,50 $ d’expédition. L’article était cassé alors le vendeur m’a dit de revenir pour remboursement. Pour l’envoye des États-Unis à Hong Kong avec le service USPS le moins cher avec accusé de réception, c’est $34,87. Sans suivi, c’est $11,48”. Fortune, Nov. 2017

Un 3ème effet pervers est que sur certaines ventes de produits à bas prix, le marchand peut se permettre de ne plus marger sur le produit, il le fera sur les frais postaux. On comprends mieux pourquoi Wish peut vous proposer des produits d’appel gratuits. La copie de Ray-Ban annonçait précédemment a 3€ de transport, l’expéditeur paye réellement $1,33 à China Post. Pour un vendeur français avec un contrat professionnel, il lui en coûterait entre 4,5 et 7,5€ pour l’expédier de France à France.

Suite à une augmentation des tarifs de China Post Wish a informé ses marchands : “pour aider les commerçants à continuer d’utiliser les transporteurs et les niveaux de service appropriés pour offrir la meilleure expérience client via Wish, Wish subventionnera 75% des augmentations des prix d’expédition de China Post”.

11b – la suppression de l’exonération des droits de douane et de TVA sur les colis de moins de 22€ au 1er Janvier 2021

Actuellement, l’importation de biens d’une valeur inférieure à 22 € est exonérée de TVA. Cette exonération est susceptible de fausser le marché et par conséquent de créer une concurrence déloyale, voire d’ouvrir la voie à de nombreuses fraudes car les douaniers ne sont pas en mesure de contrôler les milliers de colis qui arrivent chaque jour sur le territoire de l’UE. Les biens de valeur supérieure, les smartphones et les tablettes, entrent souvent en étant déclarés sous ce seuil de 22 € ce qui permet au vendeur de pratiquer un prix de 20% inférieur à ses concurrents (dans le cas d’une vente en France par exemple). Cette exonération sera supprimée au 1er janvier 2021, après avoir été maintenue par l’UE grâce une directive d’octobre 2009… l’explosion du fret mondial transfrontalier et du e-commerce n’était apparemment pas un critère décisionnel pour nos représentants.

A lire sur Les Echos du 29/5/2019 : “Nous souhaitons rétablir une concurrence saine et loyale entre les producteurs français et les plates-formes étrangères, notamment chinoises et américaines. Certaines vendent moins cher et n’appliquent pas la TVA. D’autres vendent au même prix, mais gardent la TVA pour elles“, indique Gérald Darmanin. Selon une étude commandée par la Commission européenne, 65 % des envois en provenance des pays tiers ne respectent pas les règles de l’UE en matière de TVA. (…) Cette nouvelle directive supprime le seuil de 22 euros en dessous duquel un bien importé est exonéré de TVA, et qui concerne aujourd’hui quelque 150 millions de colis chaque année au sein de l’UE. (…) Les fraudeurs peuvent étiqueter de manière abusive des biens de grande valeur, comme des tablettes ou des smartphones, les faisant ainsi échapper à la TVA. Par cette directive, la Commission estime que l’UE pourrait récupérer 7 milliards € de recettes fiscales.

“Le fret postal bénéficiait jusqu’à présent d’exemptions, or de plus en plus il va devoir respecter toutes les règles régissant les envois de colis. (…) L’explosion du fret postal international sera probablement freinée par l’obligation d’appliquer la TVA aux objets entrants au premier euro, alors qu’il y a actuellement des franchises, et là bien sûr ce sont les produits chinois qui sont les premiers visés.” Jean-Paul Forceville, Directeur des Relations Internationales chez Le Groupe La Poste, nov. 2018.

150 millions de colis échappaient au contrôle douanier à l’échelle de l’UE en 2018. En admettant que les douanes soient soudainement capables d’inspecter la totalité du fret postal, comment vont-elles pouvoir établir le CA de Wish en France, sachant que la facture jointe au colis est celle du vendeur tiers et que Wish n’apparaît nulle part ?

Si vous voulez en savoir plus, lisez cet article : La suppression des franchises douanières dans l’UE : un défi pour les douanes et les vendeurs.

11c – L’explosion du fret postal international : les enjeux sont énormes !

Le volume de petits colis en provenance des pays en développement vers les pays développés a explosé, car une part de plus en plus importante du commerce international passe par les postes nationales, plutôt que par les routes commerciales habituelles vers les grossistes.

Quelques chiffres sur le fret transfrontalier de petits colis :
Le monde a expédié 87 milliards de paquets soit 2.760 colis par seconde en 2018 (+16,7% par rapport à 2017). La Chine représente à elle seule 60% des envois postaux (50,5 milliards de colis). Axios
Selon une information du China Daily ce 26 novembre, “les colis expédiés de Chine représentent 38% des colis transfrontaliers dans le monde“, ont annoncé mardi les autorités postales du pays. “Le réseau postal sous l’Union Postale Universelle est le principal canal d’expédition transfrontalière d’articles de commerce électronique”, a déclaré Liu Aili, président du groupe China Post.
D’après The Atlantic : “Le nombre de colis reçus de l’étranger aux États-Unis a explosé ces dernières années. Le service postal américain a livré 175 millions de lettres et colis d’outre-mer au cours des trois premiers mois de 2018, contre 97 millions à la même période en 2013, selon l’USPS.”
Selon une étude de l’UPU dans un rapport de l’OMC, le nombre de colis envoyés au niveau national et international par les services postaux depuis 2000. Le fret postal international a presque triplé entre 2000 et 2016, “la raison de cette tendance est que le nombre de transactions en ligne B2C transfrontalières augmente, tandis que leur la valeur moyenne diminue, générant des flux internationaux plus fréquents de colis plus légers et moins chers.”
Sur les données mondiales de l’étude d’IPC : 40% des produits avaient une valeur inférieure à 25€, 84% une valeur inférieure à 100€ et 84% pesaient moins de 2kg (pris en charge par les accords de l’UPU), 71% ont été livrés par la poste, 62% ont eu la livraison offerte, 16% ont payés des droits de douane, 8% ont retourné leur commande. 47% ont déclaré que le colis tenait dans leur boîte aux lettres.
Selon l’IPC, 38% des achats européens hors UE sont faits en Chine. Les pays européens au dessus de la moyenne sont l’Angleterre (50%), la France, l’Espagne, l’Allemagne (43%).

A l’échelle mondiale, les etailers les plus utilisés pour les achats transfrontaliers étaient des marketplaces : Amazon (23%), Alibaba (16%), eBay (14%), Wish (10%), Lazada (3%), soit 67% des achats en marketplaces. (IPC)

En 2018, Cross-Border Commerce Europe dans de son étude Top 500 Cross-Border Analysis Report a montré que 23% du commerce électronique en Europe est transfrontalier, dont 33 milliards € pour les marketplaces venant de l’international, elles ont 31,73% de parts de marché du crossborder européen.

Selon Florian Cleyet-Merle de Foxintelligence : “Wish est devenu n°2 du e-commerce français en termes de nombres d’articles vendus en 2018. De moins de 3% des consommateurs français ayant acheté au moins un article sur Wish en 2017, nous sommes passés à plus de 15% en 2018.”

10% de 33 milliards € de ventes pour Wish sur l’Europe en 2018, soit 660 millions € de TVA impayée. Les recettes fiscales attendues par la taxe GAFA en France sont de 400 millions € en 2019 puis 550 millions en 2020. La France occupe environ 1/5 ème du marché B2C de l’UE. On peut estimer que l’impayé de TVA sur les ventes Wish en Europe est supérieur à la taxe GAFA sur la totalité des 26 géants du numérique.
Qu’elle soit en plus partiellement financée par les augmentations des tarifs postaux que vous payez pour compenser, entre autres, les subventions aux exportation de colis inférieurs à 2 kg des colis en provenance de Chine selon les accords de l’Union Postale Universelle datant de 1969… est un autre problème.

11d – Le recel de fraude à la TVA

Les vendeurs chinois sur Wish sont des vendeurs tiers, ce qui signifie que Wish, comme toutes les autres marketplaces, n’est pas tenu de percevoir la TVA sur les articles vendus par l’intermédiaire de sa plate-forme… en tous cas jusqu’à présent. Des nouvelles mesures doivent entrer en vigueur au 1er janvier 2021.

Selon Les Echos du 29/5/2019 : “Nous souhaitons rétablir une concurrence saine et loyale entre les producteurs français et les plates-formes étrangères, notamment chinoises et américaines. Certaines vendent moins cher et n’appliquent pas la TVA. D’autres vendent au même prix, mais gardent la TVA pour elles“, indique Gérald Darmanin. Selon une de la Commission européenne, 65 % des envois en provenance des pays tiers ne respectent pas les règles de l’UE en matière de TVA.

Selon le rapport de Novembre 2019 de l’Inspection générale des finances, Sécurisation du recouvrement de la TVA: “le développement du e-commerce s’est résolu en pratique par une fraude massive, et le non-respect généralisé de l’obligation de représentation fiscale et d’immatriculation à la TVA. Les contrôles de la DNEF ont mis en évidence que 98 % des sociétés opérant sur les places de marché contrôlées n’étaient pas immatriculées et ne payaient pas de TVA (enquête réalisée en 2017, vérifiée en mai 2019). Même si une petite part de ces sociétés peut ne pas être redevable de TVA, cette situation conduit à une concurrence déloyale majeure : les sociétés frauduleuses bénéficient d’un avantage de prix de 20 % par rapport à celles qui remplissent leurs obligations fiscales.

11e – Wish assujetti à la taxe GAFA

Wish n’échappe pas à tout : elle fait partie des 26 entreprises sur le territoire concernées par la taxe GAFA. Elle devra reverser 3% du chiffre d’affaires réalisé en France. Le connaître sera une autre problème.
Les recettes fiscales attendues par le Gouvernement sont de 400 millions € en 2019 puis 550 millions en 2020 et au-delà si la taxe est maintenue dans la durée. (Wikipedia) D’autres pays européens comme le Royaume-Uni, l’Espagne ou encore l’Italie ont également commencé le processus législatif pour taxer les géants du numérique. Une multiplication de taxes nationales que la Commission Européenne souhaitait justement éviter.

Dans l’annexe de son étude, M. Mahjoubi nous informait : “Le chiffre des ventes réalisées sur Amazon.fr est une information tenue confidentielle. L’entreprise enregistre comptablement ses ventes françaises directement auprès de sa filiale luxembourgeoise. A des fins d’optimisation fiscale, cette dernière agrège l’ensemble des ventes européennes d’Amazon.”
L’absence de portée extraterritoriale du droit de communication l’empêche d’être utilisé pour interroger un site ou un tiers situé à l’étranger, même à l’intérieur de l’UE.
Si vous voulez en savoir plus, lisez cet article : Les limites du droit de communication & taxe GAFA.

Si Amazon Europe enregistrée dans un état membre n’est pas tenue de communiquer ses ventes par pays membres, comment vont-ils calculer les 3% de taxe sur le CA fait en France? Et pour Wish immatriculée au Delaware qui n’a aucune structure juridique dans l’UE? Même l’administration fiscale américaine ne connaît pas les chiffres de Wish.
“Wish ne précise officiellement ni son budget publicitaire, ni son volume global d’affaires ni son chiffre d’affaires”. Recode

11f – Name & Shame : Wish n’échappera pas à la liste noire prévue dans le PLF 2020

L’article 55 du Projet de Loi de Finance 2020 prévoit “une sanction consistant à publier sur internet l’identité des opérateurs de plateforme ne respectant pas, de manière réitérée, les obligations auxquelles les astreint le droit fiscal français. Cette mesure permettra d’informer les consommateurs, et plus largement les citoyens, de l’identité des plateformes les moins respectueuses de leurs obligations fiscales, dans un but de transparence et d’amélioration de la concurrence dans le secteur de l’économie numérique.
Des mesures supplémentaires consistent notamment en “la mise en recouvrement de la TVA dont l’opérateur aura été rendu solidairement redevable, de l’amende prévue pour non-respect de ses obligations déclaratives afférentes aux revenus réalisés par ses utilisateurs par son intermédiaire, d’une imposition résultant d’une taxation d’office à la TVA sur les ventes à distance réalisées par son intermédiaire.”

11g – La concurrence

Wish fait des envieux. Lightinthebox, une marketlace chinoise ciblant les marchés européens et en nord américains et qui n’est ouverte qu’aux vendeurs chinois, n’hésite pas à acheter le nom “wish” sur Bing. Elle est cotée à la bourse de New York. Elle a des entrepôts en Europe où elle réalise 60% de son chiffre. Sa preuve sociale est 4,5/5 sur 1902 avis.
Le business model de Wish est réplicable, tant que les failles subsisteront. GearBest, une société de Hong-Kong l’a compris, tout comme Joom en Estonie et la récente application de Shopping, Vova, qui propose une offre similaire expédiée depuis la Chine est immatriculée à Londres. Selon Sensor Tower, l’appli Vova a été téléchargée 2,5 millions de fois dans le Monde en novembre 2019. 17 millions pour Wish.

Wish n’échappera pas à la concurrence féroce qu’AliExpress s’apprête à lui faire en Europe. Alibaba est d’autant mieux équipé que Wish pour faire le tri des produits chinois qui ne rencontrent pas les standards européens. D’autant plus qu’il doit devenir ce tiers de confiance si il veut s’imposer en Europe. Vous en entendrez parler dans les mois qui viennent.
Si vous voulez en savoir plus, lisez cet article : Alibaba vs. les marketplaces européennes. La confrontation s’annonce féroce. Faits et chiffres depuis… 1 an.

Wish n’échappera peut-être pas non plus à la possible future concurrence de Shopify qui pourrait devenir la nouvelle marketplace globale et disruptive (Shopify pourrait bientôt concurrencer Amazon. Faits & chiffres en 2019), à la mutation de Google Shopping Actions en marketplace, au réveil de Walmart sur le marché américain et la montée en puissance annoncée d’Instagram Checkout. Qui sera le disrupteur de demain encore inconnu aujourd’hui?

Wish agit comme un facilitateur pour que des fabricants peu scrupuleux puisse contourner les règles en matière de légalité, de conformité et de sécurité des produits de grande consommation, en bénéficiant en sus d’une incapacité des administrations fiscales à recouvrer la TVA et des douanes à contrôler la totalité du fret postal. Szulczewski et ses investisseurs chinois connaissaient les failles de l’organisation mondiale du commerce. Elles sont intrinsèques à son business model. La réaction actuelle, bien que tardive, des responsables politiques des pays pillés aura des conséquences. Encore faut-il que les douanes puissent améliorer l’inspection du fret postal croissant : 150 millions de colis échappaient au contrôle douanier à l’échelle de l’UE en 2018


12) $1,63 milliards levés depuis 2011

On ne pourra pas enlever aux fondateurs de Wish leurs qualités de visionnaire. Comme l’explique Joseph Wildey “Selon Szulczewski, le fossé culturel entre les nantis et les démunis s’est élargi pour devenir un gouffre infranchissable. Un côté voit l’autre à travers un télescope, qui manque souvent les détails.”
Wish répond aux désirs de millions de consommateurs que personne n’avait identifiés : le désir de consommation impulsive “fast-fashion” de produits bon marché pour des populations à faible pouvoir d’achat rêvant d’acheter sans compter des articles, la qualité important peu… mais pour le prix que vous payez, c’est pas si grave.

“Wish était l’application de shopping la plus téléchargée au monde en 2018 et est désormais le 3ème plus grand marché e-commerce aux États-Unis en termes de ventes. À l’échelle mondiale, 90 millions de personnes l’utilisent au moins une fois par mois. 80% des nouveaux clients reviennent acheter une 2ème fois. Wish a doublé son chiffre d’affaires l’an dernier, à $1,9 milliard”. Forbes, Mars 2019

La société a besoin de fond pour financer ses campagnes marketing, les investisseurs lui font confiance :

En Août 2019, Wish levait encore $300 millions, soit $1,63 milliards depuis sa création en 2011. La société mère, ContextLogic, vient d’être évaluée à $10,9 milliards, soit un ratio de ROI de 6,7. Temasek est une société d’investissement appartenant au gouvernement de Singapour. Jerry Yang, le co-fondateur de Yahoo fait parti du premier tour d’investissement. Selon Marketplace Pulse, JD.com, la 2ème marketplace chinoise après Alibaba avec 30% de part de marché aurait investi $50 millions dans Wish en 2016. En 2005, Jerry Yang avait fait investir Yahoo dans Alibaba. Pour $1 milliard Yahoo avait acquis 40% d’Alibaba.

Wish perd environ $190 millions par an, mais il prétend qu’il pourrait être rentable s’il cessait de dépenser autant en marketing. Il a mené de grandes campagnes sur Pandora et Snapchat, et c’est l’un des plus grands annonceurs sur Facebook. En 2017, Wish a signé un contrat de $30 millions sur trois ans pour parrainer les Los Angeles Lakers de la NBA, qui sont populaires en Chine. Los Angeles est également l’un des plus grands marchés métropolitains de Wish en termes de revenus. Forbes, Mars 2019

La participation de 18% de Szulczewski fait de lui un milliardaire. Son cofondateur, Danny Zhang, ne détient que 4,2%. Szulczewski dit que les investisseurs devraient s’attendre à une introduction en bourse dans un an ou deux.

Peter Szulczewski, CEO : 1605 ème fortune mondiale, estimée à $1.4 milliards selon Forbes.


13) Réflexions & psychiatrie

Wish nous enseigne, mieux qu’aucun autre acteur majeur du e-commerce que le digital échappe aux règles du monde physique par :

  • l’inadéquation de ses outils de contrôle physique face au volume de colis.
  • l’inadéquation de ses outils de contrôle numériques face aux volumes de données.
  • l’inadéquation de sa vitesse intrinsèque face à l’inertie des législateurs.
  • l’inadéquation de la réalité de nos dirigeants avec celle de l’entrepreneur.
  • l’inadéquation entre un business évalué à $10,9 milliards, qui a levé $1,63 milliards en 8 ans, qui casse un marché à l’échelle planétaire, qui perd $190 millions par an et sa dépendance complète à la capacité des régulateurs à réglementer des anomalies macro-économiques sans lesquelles Wish n’existerait pas.

Wish est le parfait indicateur de la dérégulation du commerce mondial. Tant qu’il gagnera des parts de marché, cela signifiera que les législateurs n’auront pas réussi à réguler les aberrations du commerce mondial. Miser sur le succès de Wish, c’est miser sur l’incapacité mondiale à réguler les échanges commerciaux.

Les autorités régulatrices françaises et européennes n’ont jusqu’à présent montré que leur apathie face aux enjeux de la globalisation du commerce et de l’explosion du fret transfrontalier. L’absence d’empressement de nos dirigeants à préserver les intérêts des entreprises locales démontre leur manque de vision, de courage, l’absence d’intérêt pour ceux et celles qui en payent les conséquences. Le silence de la presse est inquiétant. Les entrepreneurs ont moins de poids que les lobbies LGBT.

Sois honteux à mourir jusqu’à ce que tu gagnes une victoire pour l’humanité“. Szulczewski a une autre qualité qui est celle de se donner des challenges peu communs. C’est dire comment il voit ses semblables aussi et comment il se regarde aussi lui-même, à travers le prisme de son narcissisme. Reste à comprendre sa conception de ce qu’est une victoire pour l’humanité.

Mais laissons-lui le dernier mot :


Bien entendu la plupart d’entre nous n’a que peu de levier sur ces facteurs macro-économiques et réglementaires.

Mais bien maîtriser ces contraintes externes et le règles du jeu de l’écosystème e-commerce globalisé peuvent vous aider à rendre votre entreprise plus rentable et/ou plus pérenne que vous soyez un grand compte, une PME ou même une TPE. 

A propos de l’auteur : Exerçant dans l’e-commerce et l’import/export depuis 1998 dans différents univers de produits de grande consommation (luxe, sport, mode) : j’accompagne, forme et conseille différents acteurs de l’écosystème (retailers, e-commerçants, grossistes, fabricants, marques) pour les aider à tirer leur épingle du jeu dans un environnement de plus en plus complexe et concurrentiel.

J’aide les décideurs à faire de bons choix en matière de technologies, de réglementation, de business model, de constitution de réseau de distribution et d’approvisionnement, d’acquisition client en ligne puis les accompagne à long terme dans le déploiement des stratégies et la bonne application opérationnelle.

Copyright, Julien Fontaine – Tous droits réservés

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Julien Fontaine

Entrepreneur e-commerce B2B B2C DTC, consultant freelance.

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