Les colis chinois de moins de 2 kg ont des tarifs préférentiels. Ca va changer. Merci Trump ! Où est l’UE?

5 décembre 2019
J’accompagne, forme et conseille différents acteurs de l’écosystème (retailers, e-commerçants, grossistes, fabricants, marques) pour les aider à tirer leur épingle du jeu dans un environnement complexe et concurrentiel.
J’aide les décideurs B2B/B2C à faire de bons choix en matière de technologies, de prestataires, d’acquisition puis les accompagne à long terme dans le déploiement des stratégies ecommerce & retail sur leur site web, en marketplaces, en point de vente et sur tous les canaux existants.
Julien Fontaine

entrepreneur e-commerce & consultant freelance au service de la transformation digitale de votre business.

S’il coûte moins cher d’envoyer un colis identique de Pékin à Brest que de Roubaix à Tourcoing, c’est parce que vous payez sans le savoir une partie des frais de transport. Si vous ne saviez pas pourquoi les colis en provenance de Chine ont des tarifs si avantageux, vous le découvrirez en lisant cet article.

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Les accords de l’Union Postale Universelle, à l’origine des frais de transport préférentiels accordés aux Chinois viennent d’être remis en cause par l’administration Trump. Un classement de la Chine dans les pays sous-développés datant de 1969 autorisait une distorsion concurrentielle subventionnée par les contribuables ! Le changement annoncé de politique met le pouvoir entre les mains des pays importateurs comme les États-Unis et non plus de gros exportateurs comme la Chine, 2ème économie mondiale. Seul Trump avait jugé obsolète cet accord datant de 50 ans. Où est l’Union Européenne ?

Plan de l’article :
1) En quoi consiste le système des frais terminaux ?
2) Pourquoi s’avèrent-ils aussi injustes pour les pays les plus développés ?
2.1 – Tarifs préférentiels et concurrence déloyale
2.2 – Le repostage
2.3 – Les usagers des pays développés paient via des augmentations de tarif
2.4 – Avec l’émergence du e-commerce transfrontalier, les coûts pour les pays développés vont exploser alors que de plus en plus de consommateurs vont se retrouver lésés
2.5 Les services postaux au bord de la faillite
3) La menace du Brexit postal par l’administration Trump
4) Dénouement de la crise : un changement majeur apporté à l’ordre postal mondial
5) Nouveaux tarifs
6) Quel avenir pour les échanges postaux ?
7) Que fait l’Union Européenne ?
8) Chiffrage
9) Conclusion


1) En quoi consiste le système des frais terminaux ?

L’Union Postale Universelle (UPU) est une institution spécialisée de l’ONU dont le but est de favoriser le bon développement et la coopération des différents systèmes postaux du monde. Elle s’assure que lorsqu’un bureau de poste envoie une lettre à un autre pays, le bureau de poste destinataire la transporte jusqu’à sa destination locale. À l’origine, les bureaux de poste faisaient cela gratuitement. Puis, en 1969, les membres de l’UPU ont négocier des “frais terminaux” (terminal dues), des coûts que les “prestataires du service universel” prennent à leur charge à leurs homologues étrangers pour les frais engagés dans la livraison de leur courrier (en moyenne 70% du tarif domestique). Les bureaux de poste dans les pays les plus riches offrent à leurs homologues des pays en développement des taxes réduites pour les aider.
Un prestataire du service universel est désigné par pays, en général, la poste nationale.

Classification de l'UPU.

L’UPU a instauré un système de 5 catégories de pays selon leur “développement postal” pour plus d’équité, et donc pour éviter de léser les états les plus pauvres. La Chine fait partie de la 3ème catégorie et bénéficie donc de taux relativement faibles. Ce taux correspond à une compensation des coûts du transport des pays de départ par les pays d’arrivée des colis : il est variable selon le degré de développement des pays et est inchangé depuis 1969. Or, la Chine d’aujourd’hui n’est plus celle d’il y a 50 ans. Mais l’UPU classe encore la 2ème économie mondiale parmi les pays en développement.

Le PIB de la Chine ($13.407 milliards en 2018) a été multiplié par 40 en 38 ans. La part de l’économie chinoise est désormais de 15% du total mondial. Elle est devenue la 2è économie mondiale et pourrait dépasser les Etats-Unis vers 2030, selon une étude de PWC.


2) Pourquoi s’avère-il aussi injuste pour les pays les plus développés ?


2.1 – Tarifs préférentiels et concurrence déloyale

La principale préoccupation de l’administration Trump était de mettre fin à cette aberration qui a permis à la Chine, 2ème économie mondiale, de tirer parti des taux plus bas offerts aux pays en développement. En conséquence, les fabricants de pays comme la Chine et le Cambodge ont été en mesure de payer beaucoup moins pour envoyer un petit colis (moins de 2 kg) aux États-Unis que ce qu’il en coûte aux entreprises américaines d’envoyer un colis de Los Angeles à New York.

Par exemple, en 2012, les frais terminaux sur les articles en provenance de Chine vers les États-Unis étaient d’environ un dollar américain par kilogramme. Cela signifie que dans de nombreux cas, sinon dans la plupart des cas, le service postal américain a reçu moins d’indemnisation pour un colis de China Post déplacé d’un port de Los Angeles vers sa destination finale à l’intérieur des terres, qu’il n’aurait reçu de quelqu’un de Los Angeles qui a envoyé un colis identique dans le États Unis. La dernière moitié du voyage de cette puce vocale aurait coûté moins cher à China Post que le prix d’un timbre américain. Fortune

Les frais terminaux créent des gagnants et des perdants. Dans certains cas, les frais terminaux bas profitent à la poste chinoise et aux détaillants chinois dans le segment des colis légers et de faible valeur aux frais du service postal américain et des détaillants américains.

Ce système de frais terminaux donne un avantage extraordinaire aux importateurs de biens considérés comme étant d’un pays en développement par l’UPU. Une étude réalisée par Copenhagen Economics, en décembre 2015, montre à quel point le différentiel de coût est élevé :

Un article de Fortune de mars 2015 compare de prix entre un vendeur chinois sur eBay capable de proposer un produit à $1,96 avec les frais de port offerts contre $18,17 (dont $6,99 de port) pour son concurrent américain RadioShack (qui a fait faillite depuis). Le prix d’un colis de 2 kg expédié d’un État américain à un autre est de 19 $ à 23 $, tandis que China Post paie 5 $ pour l’expédier n’importe où aux États-Unis avec USPS.

“Dans quelques Etats Membres (à coût élevé), les frais terminaux représentent seulement  20 à 30% de l’affranchissement intérieur pour des articles semblables. Par conséquent, de nombreux prestataires du service universel livrent des petits paquets importés à perte. Comme ces importations ont connu une croissance rapide, les pertes pour ces petits paquets entrants peuvent s’ajouter aux coûts nets de l’ obligation de service universel.” Wik pour la Commission Européenne

Un autre effet pervers est que les frais de livraison bas sont un avantage commercial facilitant les importations, mais bien sûr à sens unique. Si le client souhaite retourner son colis, il devra payer les frais postaux de son pays, bien plus élevés et parfois dissuasifs : “J’ai acheté un article auprès d’un vendeur à Hong Kong pour 6 $ et 1,50 $ d’expédition. L’article était cassé alors le vendeur m’a dit de revenir pour remboursement. Le poids d’expédition est de 5 onces. Pour expédier des États-Unis à Hong Kong avec le service USPS le moins cher avec accusé de réception, il en coûtera $34,87. Pour expédier sans suivi, il en coûtera $11,48“. Fortune, Nov. 2017


2.2 – Le repostage

Cela donne bien évidemment un avantage considérable aux importateurs de pays en développement, ainsi qu’à d’autres. Ce système a provoqué des effets pervers pour les postes d’arrivée puisque s’est développé le phénomène de repostage. La technique a d’abord consisté à injecter du courrier d’un pays A pour un pays C dans un pays intermédiaire B, l’expéditeur du pays A pouvant obtenir des tarifs plus bas dans le pays B car fondés sur les frais terminaux et non sur les coûts de la poste d’arrivée.

Par la suite, l’activité de repostage s’est étendue au courrier national, transformé en courrier international par son dépôt ou sa fabrication dans des pays tiers, afin de bénéficier des conditions tarifaires plus avantageuses. Certaines postes européennes, et en particulier celle des Pays-Bas, tirent profit de cette activité.

“Le seul remède à cette menace est de fixer le montant des frais terminaux sur la base des coûts et donc des tarifs de la poste de distribution. Les postes de l’UE travaillent actuellement en ce sens. Mais cette évolution ne pourra être que progressive. Dans l’attente de ce rééquilibrage, il sera nécessaire de mettre en place un mécanisme pour protéger le courrier national contre les risques de délocalisation.” (un rapport au Sénat datant de 1994.)

Kristen Bergum, VP de Norway Post, écrivait en 2011 que “les services postaux à faible coût d’expédition et ceux qui sont des exportateurs nets se sont alliés aux pays en développement pour maintenir les frais terminaux à un niveau bas.

On comprends mieux pourquoi Wish peut vous proposer des produits d’appel gratuits. Il marge sur les frais postaux.

Le prix du timbre : x2,28 de puis 2000
Le prix du timbre : x2,28 de puis 2000

2.3 – Les usagers des pays développés paient via des augmentations de tarif

Les frais terminaux sont inférieurs, non seulement au prix du client national, mais au coût réel de l’expédition. De nombreux pays développés, avec des coûts postaux plus élevés en termes de salaires, de services ou d’infrastructures, perdent en fait de l’argent sur chaque courrier qui leur est envoyé à l’étranger. La Poste norvégienne a déclaré que ses pertes au titre de l’UPU devaient être compensées par des coûts plus élevés ailleurs dans son système postal, ce qui signifie que les Norvégiens qui se font parvenir du courrier entre eux ou à l’étranger subventionnent le prix des expéditions en Norvège depuis l’étranger“. Kristen Bergum, VP de Norway Post. Fortune

De nombreuses études ont montré à quel point ce système avec un double coût dans les pays qui subventionnent les tarifs préférentiels de l’UPU.

Le deuxième coût est donc répercuté sur le consommateur des pays développés. Pour compenser le coût du système des “frais terminaux”, les services postaux ont augmenté le coût de leurs services intérieurs. Les importateurs Chinois sont donc subventionnés par les consommateurs de leurs pays cibles. Par ailleurs, ce système génère des déséquilibres avec les coûts qu’impliquent le renvois de colis en sens inverse. Les pays développés ne bénéficient évidemment pas de subvention, et il devient par exemple impossible à un consommateur américain de renvoyer son produit acheté sur Ali Express. 


70% des colis venant de l'étranger sont livrés par les opérateurs postaux universels.
70% des colis venant de l’étranger sont livrés par les opérateurs postaux universels.

2.4 Les services postaux au bord de la faillite

Le premier coût est bien-sûr pour les services postaux qui prennent en charge les frais terminaux : USPS, l’opérateur désigné aux États-Unis, perd de l’argent sur chaque colis qu’il livre de Chine, coûts qu’il doit répercuter sur ses propres clients américains.

Selon l’analyse de l’USPS, les pertes liées au courrier entrant ont plus que doublées, passant de $66 millions à $135 millions de 2012 à 2016 pour totaliser $460 millions de pertes en 5 ans.

Selon la Postal Regulatory Commission, l’agence indépendante qui fixe les tarifs postaux américains, l’USPS a perdu $170 millions en 2017 en raison des frais terminaux de l’UPU. 247WallSt

L’impact de ce déséquilibre des tarifs postaux internationaux pour l’USPS est désastreux. Comme indiqué dans un article du Washington Post, l’USPS perd environ un dollar sur chaque ePacket en provenance de Chine. Fortune


2.5 – 38% à 45% du fret crossborder mondial est expédié depuis la chine en 2018

L’impact de ce déséquilibre s’est accru au cours des années avec la montée en puissance du commerce électronique international via des plateformes comme eBay, AliExpress, Wish. Le volume de petits colis en provenance des pays en développement vers les pays développés a explosé, car une part de plus en plus importante du commerce international passe par les postes nationales, plutôt que par les routes commerciales habituelles vers les grossistes.

Sur les données mondiales de l’étude d’IPC parmi les produits achetés à l’étranger en 2018 : 40% des produits avaient une valeur inférieure à 25€, 84% une valeur inférieure à 100€ et 84% pesaient moins de 2kg (pris en charge par les accords de l’UPU), 71% ont été livrés par la poste, 62% ont eu la livraison offerte, 16% ont payé des droits de douane, 8% ont retourné leur commande. 47% ont déclaré que le colis tenait dans leur boîte aux lettres.
Selon Accenture les colis expédiés de Chine représenteront 41% du fret crossborder B2C dans le monde en 2021.
Le monde a expédié 87 milliards de paquets soit 2.760 colis par seconde en 2018 (+16,7% par rapport à 2017).

Plus d’infos ici : l’explosion du fret postal transfrontalier dans le monde (focus sur l’union européenne).

La part des achats effectués en ligne en France auprès d'un vendeur hors UE (eurostat).
La part des achats effectués en ligne en France auprès d’un vendeur hors UE (eurostat).

3) La menace du Brexit postal par l’administration Trump

“Depuis 2018, l’organisation connaissait une crise sans précédent. Le 17 octobre 2018, les Etats-Unis lançaient une procédure de retrait, estimant insuffisants les efforts réalisés pour réformer les règles en vigueur. À la manœuvre de ce coup de semonce: le président Donald Trump, poussé par son conseiller économique Peter Navarro, un partisan d’une ligne dure dans les négociations commerciales. La décision serait même actée puisque “le président Trump est d’accord avec le département d’Etat qui recommande d’adopter ses propres taux postaux aux frontières américaines, et ce, au plus tard le 1er janvier 2020“, avait indiqué la Maison Blanche. Une sorte de mini-Brexit postal, conséquence d’une guerre commerciale qui s’étend dans tous les secteurs où l’affrontement est permis”. (BFM Business, sept. 2019)

L’administration Trump reprochait à la Chine de profiter indûment d’un taux de défraiement inter-postal très favorable alors qu’elle inonde le marché postal mondial de colis : “distorsion commerciale“, écrivait le Conseiller économique Peter Navarro dans le Financial Times en sept. 2019. Dans sa tribune, Navarro affirmait “Les États-Unis sont loin d’être la seule victime du système déformé de l’UPU. Le Brésil, la Finlande, la Norvège et le Canada, pour n’en nommer que quelques-uns, perdent également des sommes considérables. Les services postaux islandais ont failli faire faillite à cause des règles injustes“.

Arguant que la Chine n’a plus rien d’un pays en développement, les Etats-Unis estiment que Pékin ne doit plus bénéficier de tarifs préférentiels inacceptables alors qu’ils cherchent par tous les moyens à réduire les exportations chinoises vers les Etats-Unis.

Peter Navarro, à la tête de la délégation à la Maison Blanche à Genève, a déclaré qu’une barrière plus haute à l’entrée déplacerait la demande de produits bon marché produits et subventionnés par la Chine vers des produits de qualité supérieure produits aux États-Unis. “Donald Trump prend des mesures pour remédier à cette disparité, qui coûte chaque année des millions de dollars à l’USPS et aux consommateurs américains“, a écrit Navarro dans le Financial Times.


4) Dénouement de la crise : un changement majeur apporté à l’ordre postal mondial

L’administration Trump avait menacé de quitter l’UPU, après ce 17 octobre si ses membres ne changeaient pas le système de taxes que les services postaux imposent pour la collecte et la distribution du courrier international et des petits colis. Les États-Unis ont finalement convenu des accords de l’UPU après que les délégués eurent décidé, lors de discussions d’urgence, de modifier la structure des taxes postales. Une crise majeure a ainsi été évitée :

Après avoir rejeté plusieurs d’options antérieures, plus de la moitié des 192 pays ont voté en faveur de «l’option V», qui permettra aux États-Unis d’augmenter les prix des colis en provenance d’autres pays, en échange d’une contribution au programme “voluntary fund”. D’autres pays peuvent également ajuster les prix des colis entrants aux États-Unis en juillet prochain et des colis d’ailleurs par des montants fixes chaque année. (…)
Aux termes du compromis convenu, les États-Unis et tout autre pays qui décide de déclarer immédiatement ses taux verseront au total $40 millions par an à l’organisation pour financer les pensions de retraite des employés de l’UPU. Le plan dessert les quelque 200 employés à temps plein de l’organisation multilatérale, dont trois américains.
Jean-Paul Forceville, Directeur des Relations Européennes et Internationales chez Le Groupe La Poste a déclaré à CNBC qu’il n’y avait pas de compromis sans frais pour le privilège d’un pays de fixer ses propres tarifs. Un deuxième participant aux pourparlers a déclaré que le groupe avait précédemment discuté d’un versement annuel de $10 millions de dollars à l’organisation. CNBC
Pour le NY Times, “les États-Unis verseront $40 millions au syndicat des postes sur une période de cinq ans. Le financement aidera le syndicat des postes à promouvoir l’utilisation de systèmes informatiques assurant la sécurité contre les expéditions de drogues comme le fentanyl et d’autres marchandises dangereuses, a déclaré David Dadge, porte-parole du syndicat.

L’accord conclu permettra aux États-Unis d’établir leurs propres taxes postales en juillet 2020 et aux autres pays recevant plus de 75 000 tonnes de courrier par an de commencer à appliquer progressivement des tarifs plus élevés en janvier 2021, avec une période de mise en place progressive des nouveaux tarifs de cinq ans. Cette date inaugure une nouvelle ère du commerce international dans laquelle tous les pays auront finalement la possibilité de fixer eux-mêmes les tarifs que les services postaux demanderont pour leurs services lorsqu’un colis franchira leurs frontières.

Cet accord transformera également un système obsolète et discriminatoire en un système moderne et résilient“, Peter Navarro

Ce sont beaucoup des acteurs du e-commerce de tous les pays qui sont impactés par cette décision. Des plus gros aux plus petits, de ceux qui revendent les produits chinois sur leur site, jusqu’aux marketplaces que nous connaissons tous. Le business model de Wish va prendre un sacré coup dans l’aile. Les dropshippers sur le modèle Shopify/Aliexpress aussi. EBay, Etsy, Amazon et Alibaba ont exprimé leurs inquiétudes directement auprès des responsables de la Maison-Blanche.


5) Nouveaux tarifs

En réponse à une demande d’informations sur les changements des coûts, Jim Campbell, un lobbyiste de FedEx, suggérait que les frais terminaux américains augmenteraient de 125% à 180%. D’autres lobbyistes de l’industrie du transport donnent à penser que les frais terminaux pourraient augmenter jusqu’à 600%.

Matthew White d’iDrive Logistics, cité dans un rapport publié sur le site Internet de l’industrie des transports Freightwaves, a noté que “l’effet pratique de la sortie des États-Unis serait une augmentation des taux d’au moins 300% sur le trafic des colis postaux vers les États-Unis des pays exportateurs, les taux maintenus artificiellement bas pendant des décennies commençant à se normaliser.” 247WallSt

La réalité est que les nouveaux tarifs devraient être initialement plafonnés à 70% des tarifs nationaux avec la possibilité d’augmenter de 1% chaque année jusqu’à 80%, ce qui signifie que certains expéditeurs internationaux conserveront un avantage, mais bien plus petit que celui dont ils disposent actuellement.

L’administration a le mérite d’avoir pris le leadership pour lutter contre une distorsion économique mondiale qui affectait le commerce“, déclare Clete Willems, ancien négociateur commercial à la Maison Blanche.

“En augmentant de 10 à 20% par an les frais terminaux (il y a un plafond fixé par l’UPU sauf pour les USA) le surcoût sur des marchandises de faible valeur (< 20 euros dans 90% des cas) sera inférieur à 2 euros (pour rappel les frais terminaux sont en moyenne 70% du tarif domestique). Par contre l’application de la TVA se fait sur le montant CIF et surtout il y aura un forfait de frais de présentation en douane facturé par les opérations postaux. Aujourd’hui près de 10 euros. Donc c’est bien l’impact tax & duties au 01/01/21 et non la réforme des frais terminaux dès 01/07/20 qui sera la cause d’une augmentation substantielle pour les pays émetteurs de colis et petits paquets.” Marc Lissak, Head of business development intercontinental chez DPDgroup.


6) Quel avenir pour les échanges postaux ?

Extraits d’une interview de Jean-Paul Forceville, Directeur des Relations Européennes et Internationales chez Le Groupe La Poste, nov. 2018.

Quid de la menace de Donald Trump de quitter l’UPU ?

Réponse de Jean-Paul Forceville, Directeur des Relations Européennes et Internationales chez Le Groupe La Poste, nov. 2018.

Nous avons en effet reçu une mise en demeure de la Maison blanche, selon laquelle la poste américaine, USPS, ne reçoit pas assez d’argent de la poste chinoise pour les petits paquets en provenance de Chine. Ils ont un gros sujet relatif aux opioïdes, substances de lutte contre la douleur notamment, prescrits très largement et occasionnant des phénomènes d’addiction. Le cycle d’Istanbul, qui a commencé il y a deux ans, prévoit de fortes augmentations des frais terminaux sur quatre ans mais certains considèrent que ça ne va pas assez vite. Avant tout cela était noyé dans le courrier mais les entreprises postales qui ne font que de la poste dépendent de plus en plus des PPI (petits paquets internationaux), donc nous allons être sous cette forte pression jusqu’au prochain congrès de la part des États-Unis mais aussi de certains pays nordiques, du Brésil, du Canada

Peut-on parler de banalisation du fret postal ?

“Tout à fait, il bénéficiait jusqu’à présent d’exemptions, or de plus en plus il va devoir respecter toutes les règles régissant les envois de colis. Cela coûtera un peu plus cher aux expéditeurs mais, étant donné le caractère très concurrentiel du marché, ces hausses tarifaires seront limitées. Surtout, nous allons essayer d’augmenter les rémunérations que nous recevons des opérateurs tiers car, étant davantage importateurs, nous distribuons de plus en plus de PPI. Mais leur explosion sera probablement freinée par l’obligation d’appliquer la TVA aux objets entrants au premier euro, alors qu’il y a actuellement des franchises, et là bien sûr ce sont les produits chinois qui sont les premiers visés.”


7) Que fait l’Union Européenne ?

L’UE s’occupe de réguler les échanges commerciaux transfrontaliers intracommunautaires.
Le règlement (UE) 2018/644 constatait : “les tarifs applicables aux colis et autres envois postaux transfrontalières d’expéditeurs de petits volumes, notamment aux petites et moyennes entreprises (PME) et aux particuliers, demeurent relativement élevés. Cette situation a une incidence négative directe sur les utilisateurs à la recherche de services de livraison transfrontalière de colis, en particulier dans le contexte du commerce électronique.”
Le règlement (UE) 2018/644 relatif aux services de livraison transfrontalière intra-communautaire de colis a été mis en oeuvre cette année. Les régulateurs peuvent dorénavant contrôler de façon plus efficace les marchés de la livraison et contribuer à la transparence quant aux produits, données de marché, prix, et qualité du service pour les détaillants et les consommateurs. Sa mise en œuvre devrait permettre d’améliorer la transparence relative aux services de livraison transfrontalière, et plus particulièrement pour les petites et moyennes entreprises (PME), et pour les consommateurs.


8) Chiffrage

L’OMC, évalue le marché B2C mondial à $3.800 milliards en 2017. La Fevad l’évalue à $2.131 milliards en 2018. $2.800 milliards par Statista. La part des ventes transfrontalières est évaluée à 11% en 2017 par la Cnuced et 20% par yStats. En 2015, l’OMC l’estimait à 15%. Tous les organismes s’accordent sur un taux de croissance annuel de 25%, soit 22% en 2020 selon les chiffres de l’OMC. 38% d’entre elles sont expédiées de Chine sous le régime de l’UPU (China Daily)
Selon les chiffres évoqués au paragraphe 2.5 on peut faire 4 estimations des parts de marché chinoises sur le e-commerce mondial que les pays développés subventionnent en 2018 :

  1. $62,35 milliards
  2. $148,96 milliards
  3. $222,38 milliards
  4. $389,03 milliards

A titre de comparaison de PIB du Luxembourg en 2018 était de $68,77 milliards et celui de l’Irlande de $372,70 milliards selon le FMI.
En 2018, la Fevad estime le marché du B2C en France à 92,6 milliards € ($102,7 milliards). La subvention des pays développés aux exportations chinoises concerne 5 à 10% de parts de marché du B2C mondial. Si on exclut les autres marchés internes, on peut imaginer que les exportateurs chinois bénéficient de la part des pays classés comme développés par l’UPU d’une subvention à l’exportation sur leurs propres marchés, les aidant à acquérir un volume de ventes brut d’environ 10% de parts de marché du B2C européen et nord-américain.


9) Conclusion

L’UPU a instauré un système qui a favorisé la subvention par les contribuables des pays importateurs pour en plus introduire une distorsion concurrentielle sur leurs propres marchés. Cet accord datait de 1969, l’année où l’homme à marché sur la Lune. Il aura fallu 50 ans pour revenir dessus, grâce à une initiative de l’administration Trump, qui sait bien mieux défendre les intérêts de ses contribuables et de ses entreprises que la notre.

Je suis particulièrement interloqué par les déclarations de Peter Navarro, le conseillé de Trump “Les États-Unis sont loin d’être la seule victime du système déformé de l’UPU. Le Brésil, la Finlande, la Norvège et le Canada, pour n’en nommer que quelques-uns, perdent également des sommes considérables. Les services postaux islandais ont failli faire faillite à cause des règles injustes” et de Jean Paul Forceville, Directeur des Relations Internationales chez Le Groupe La Poste “nous allons être sous cette forte pression jusqu’au prochain congrès de la part des États-Unis mais aussi de certains pays nordiques, du Brésil, du Canada”. J’aurais aimé voir la France et l’UE dans les pays cités. Où sont les journalistes?

Sur ce cas, les Européens peuvent remercier Trump de son ardeur à défendre les intérêts de son pays.
Les menaces récurrentes de Donald Trump contre les accords gouvernant les relations des Etats-Unis avec le Monde se heurtent souvent à une défense acharnée de ses opposants. Je vais commencer à penser que c’est Trump qui a raison.
Il n’y a aucune information sur l’UPU sur le rapport de la Cour des Comptes “Le service postal face à la baisse du courrier : des transformations à poursuivre” de février 2020, de la Commission Européenne, du Groupe La Poste ou de l’Arcep.

A l’anomalie qui vient d’être évoquée, on peut ajouter la fraude à la TVA en marketplaces, étrangères ET françaises, sur les sites de vente directe dans un article récent : “Hypocrisie et duplicité de Mounir Mahjoubi. Amazon a détruit beaucoup plus que 7900 emplois. Les marketplaces européennes aussi.
Vous pouvez aussi mettre ceci en perspective avec : Wish, le parfait indicateur de la dérégulation du commerce mondial.


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Super intéressant. Pourquoi c’est un sujet si peu abordé aujourd’hui ?

Bastien G.
5,0 rating

Stupéfiant ! Merci Julien Fontaine pour vos articles complets et détaillés.

Damien C.
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Merci à vous pour cet éclairage qui permet de mieux comprendre la différence de prix excessive entre un produit chinois acheté en France et le même acheté sur un site BtoC directement en Chine. J’ai constaté des différences de plus de 75% en faveur du produit acheté directement en Chine même avec les frais de transport. Ce n’est pas ainsi qu’on peut développer le Made in France !

Hervé L.
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Je connais cette distorsion et c’est juste hallucinant d’attendre tout ce temps pour revoir le tarif des colis postaux en provenance de Chine…

Constance V.

Copyright, Julien Fontaine – Tous droits réservés

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